Au fur et à mesure, j'ai commencé à entrevoir les espaces vides dans la danse et à les créer.
Au début, je croyais que la danse devait servir à exprimer mes sentiments, mon "Vrai Moi Intérieur". C'est ce qu'on nous dit toujours, c'est le cliché absolu de l'artiste qui "s'exprime".
C'est faux.
Mes sentiments n'intéressent personne. Ou si c'est le cas, ca intéressera les gens le temps d'une danse. Tout le monde se fiche de ce que je ressens. C'est trop personnel.
Il faut créer un espace vide. Un vase. Je le forme sur scène. Il monte, descend, il prend forme, en change sous mes doigts, comme fait le potier. Mais comme Lao tseu l'écrivait, l'intêret du vase c'est qu'il est vide à l'intérieur. Chacun peut y metre ce qu'il veut.
Si l'on arrive sur scène avec un vase déjà rempli d'un bouquet alors certes le bouquet est peut-être beau mais il n'y a rien á y ajouter. On se contentera d'émettre un avis sur la composition peut-être...
Le vase vide prête une forme, un cadre mais reste vide. A chacun d'y mettre ce qu'il veut. Ou de choisir délibérement de le laisser vide.
Il faut une certaine humilité de la part du danseur pour ne pas remplir ce vase, et ainsi imposer son bouquet, ses sentiments aux spectateurs.
Cette humilité, si rare sur scène malheureusement est pourtant à mon sens la qualité essentielle du danseur, de l'artiste même sûrement.
Attention, l'humilité ce n'est pas la victimisation. Rien de pire que celui qui arrive en disant "désolé, je vais faire d emon mieux pour vous satisfaire avec mes maigres possibilités". Quelle arrogance il y a dans cette pensée ! Quelle envie d'être protégé, cajolé, aimé...
Ce n'est pas ça !!
La vraie humilité requiert tellement de confiance en soi. Tant de confiance en soi qu'on peut justement se présenter face à des gens, dans toute sa vulnérabilité. Aucun art plus que la danse ne porte plus de vulnérabilité. L'écrivain ne se montre jamais directement, il n'apparaît que dans son livre, comme le sculpteur, le peintre. Même le musicien pousse son instrument au premier plan.
Alors que le danseur n'a que lui-même et son corps. Comme le musicien il exerce dans l'instant et forme un vase unisque qui disparaitra à la fin de la représentation et ne passera pas à la postérité de la même manière qu'un livre ou un tableau. Son vase ne survit que dans la mémoire des spectateurs. Et encore. Seulement si les spectauer on bien voulu regardé l'espace vide.
Car on ne peut forcer les gens à regarder à l'intérieur, dans le vide.
La plupart des gens n'y voit aucun intêret. Ils n'y voient que le "rien" et en restent à la surface, à la forme du vase.
Il n'y a ni critique, ni mépris, ni déception dans cette remarque. Chacun regarde où il veut.
Et justement l'humilité aide. Si l'on est suffisamment humble pour se séparer de soi et venir présenter un espace vide, son espace vide, toujours renouvellé, pour que les autres s'y inscrivent d'eux-mêmes s'ils le souhaitent, alors on s'épargne toutes ces insupportables "explications" du "message" qu'on aurait voulu "faire passer".
Il faut accepter de former le vase, puis de la déposer, le laisser sur le bord de la scène et de se retourner sans vouloir savoir si les gens l'ons pris, regardé, caressé, ou même peut-être rempli.
mercredi 6 octobre 2010
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