mercredi 7 juillet 2010

Une gitane longue et souple tournait et tournait devant les hommes étonnés. Sa peau était de braise et son regard de feu, elle était belle à desespérer le diable. C'était comme une flamme qui dansait sous le ciel. Au sol, un petit chien gris, son étrange partenaire, exécutait des figures acrobatiques, sautant par-dessus ses chevilles, roulant sous ses pieds ; mais personne ne regardait l'animal, tous n'avaient d'yeux que pour elle, pour ses jambes brunes, racées, nerveuses, son mollet haut. D'un geste violent, comme sous l'effet d'une possession, elle saisit à deux mains jupes et jupons, les froissa, les broya, semblant lutter contre une force obscure et puissante qui brûlait son corps ; et elle frappait le sol de ses pieds nus, son corps se tendait sous chaque coup, comme si elle voulait rejeter dans la terre cette douleur qui l'habitait. Alors elle éleva les bras, les castagnettes claquèrent, la tête tournait d'un côté, puis de l'autre, ses cheveux fous lui couvraient le visage, et, sans jamais regarder ni quelqu'un ni quelque chose, mais les yeux perdus dans sa transe, elle invoqua le ciel. Sous se bras, une toison noire et luisante fit rougir les femmes de honte et les hommes de désir, et sa transe en évoquatit d'autres, car par là c'était tout son cops nu qu'elle révélait, un être de chair, d epoil t de sueuer, un corps moite et fougueux, fait pour l'amour. La danse l'emportait, elle tournait, tournait toujours ; le chien, épuisé, la regardait, haletant, le sgorges se serraient, la gitane tournoyait. Soudain, elle se recroquevilla, la tête entre les genoux, ses cheveux touchant le sol. Elle resta immobile, ainsi, un instant, et chacun se demandait ce qui allait arriver, mais elle se déplia lentement et salua noblement. C'était une autre femme, calme, hautaine, sans trace d'essoufflement, d'effort ou de fatigue. Quelques applaudissements timides troublèrent le silence.

Gaspard, sans réflléchir, enjamba les rubans qu'elle avait disposé sur le sol pour marquer son territoire, la saisit par le bras et lui dit à l'oreille :
-- Viens avec moi je te veux.
Elle se débarassa de son étreinte d'un geste sec et partit tranquillement faire la quête avec son tambourin. Quand elle repassa près de lui, il tendit une bourse pleine d'or. Elle la prit, en tira une pièce, et lui rendit sa bourse.

Il s'approcha encore et répéta sourdement :
-- Viens avec moi, je te veux.
Elle glissa vers lui, le contempla ; elle regarda sa bouche, qu'il avait belle, ses cheveux, d'un noir profond, ses sourcils si fin, le cou pâle et puissant, puis les yeux de nouveau et, avant qu'il ait eu le temps de comprendre, le gifla violemment.

La Secte des Egoistes, E.E. Schmitt