jeudi 21 octobre 2010
Valparaiso - Anggun
Du grenier de la mer
Réveiller les mages
Des histoires au long cours
S'habiller de lettres
De marins solitaires
Oublier peut-être
La fin du jour
Je serai la reine
Du premier qui m'emmène
Sur les pacifiques pleines
Tout au bout de l'eau
Sans bagages
Sans toucher le rivage
Sans bouger d'une image
En rêvant tout haut
Vouvoyer mes ombres
Sur trois pages jaunies
S'irradier, se fondre
Sur la route du sel
Sacrifier ma raison
La ville où j'ai grandi
Aiguiller mes visions
De signaux rebelles
Je serai la reine
Du premier qui m'emmène
Plus loin que les baleines
Tout au bout de l'eau
Sans bagages
Sans corps, sans visage
Sans bouger d'une image
En rêvant tout haut
En rêvant tout haut
D'un monde plus beau
Valparaiso
Valparaiso
Valparaiso en hiver
A deux pages de Paris sur mer
Valparaiso
Loin de Jakarta ma terre
Fables d'or et de poussière ....
mercredi 20 octobre 2010
Dessine-moi un mouton
De mourir
Sans certitude
D'être au moins
Une particule
De vie
Un point minuscule
Utile à quelqu'un
Quelle solitude
D'ignorer
Ce que les yeux
Ne peuvent pas voir
Le monde adulte
Isolé
Un monde abrupt
Et là, je broie du noir
Dessine-moi un mouton
Le ciel est vide sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Redevenir l'enfant que nous étions
Dessine-moi un mouton
Le monde est triste sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Apprivoiser l'absurdité du Monde
Quelle solitude
De se dire
Que la morsure
Du temps n'est rien
Le rêve est bulle
De vie
Un bien majuscule
Utile au chagrin
Déconfiture
Des pépins
Mais je veux croire
En l'au-delà
Et vivre est dur
Toujours un choix
Mais je jure
Que le monde est à moi
Dessine-moi un mouton
Le ciel est vide sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Redevenir l'enfant que nous étions
Dessine-moi un mouton
Le monde est triste sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Apprivoiser l'absurdité du Monde
Il est à moi...
Il est à moi...
Il est à moi...
Il est à moi...Le Monde
Dessine-moi un mouton
Le ciel est vide sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Redevenir l'enfant que nous étions
Dessine-moi un mouton
Le monde est triste sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Apprivoiser l'absurdité du Monde
vendredi 15 octobre 2010
Une fois de plus...
C'était justement de cela dont je voulais parler.
Je me demande si je suis stupide, ou si mon cerveau a besoin du triple de temps pour se mettre en place.
J'admire les gens qui savent écrire et parler. Si vous avez lu ce blog auparavant alors vous avez remarqué la pauvreté des textes que j'ai écrits moi-même, et vous avez sûrement remarqué qu'il me faut la plupart du temps laisser parler d'autres à ma place. Le nombre de citations que j'ai pu poster en témoigne.
Moi je ne sais pas écrire. Mon vocabulaire est pauvre, imprécis et peine à refleter ce que je pense.
Enfin penser, parfois c'est un bien grand mot. J'ai l'impression de vivre dans une mer d'informations, intellectuelles, sensuelles. Je les reçois toute en même temps et me sens absolument incapable de les trier. Oui j'ai tout vu, tout entendu, tout ressenti, je ne suis passée à côté de rien, mais impossible de le retranscrire en mots. Impossible de créer des liens entre les informations pour les retranscrire de manière intelligible pour d'autres.
Je lis beaucoup. Sûrement moins que d'autres. Mais beaucoup malgré tout.
Je lis des traités de philosophie. Je lis lentement et je relis souvent. Pour être sûre de bien comprendre, pour me reformuler les phrases pour moi même.
J'admire ces hommes qui ont su trouver des mots pour exprimer leurs idées. Des mots précis et réfléchis.
Je regarde des débats ou des expressions d'opinions sur internet. J'admire la culture de ces gens qui semblent tout savoir de l'histoire, de la culture, qui voient les failles dans les discours des autres. Moi j'ai besoin qu'on me les montre. Je ne perçois pas tous ces rouages rhétoriques. Je ne reconnais pas spontanément la façon dont les événements, les idées s'enchaînent.
J'admire les gens, les humoristes, qui ont des fulgurances. Une référence leur en amène une autre. Un mot leur en rappelle un autre. En un éclair.
J'admire cette intelligence que je n'ai pas. J'aurai aimé l'avoir. J'ai parfois honte. Je me sens comme un spectateur très loin à l'extérieur.
Je crois que je sortirai jamais cette grande mer, de ce grand chaos où tout est mélangé, où tout est présent mais où rien ne se détache.
mercredi 13 octobre 2010
Effets secondaires
Non
Pourquoi ?
Dommage
Il faut
J'ai besoin
Garder
Perdre
Donner
Partir
Rester
Au revoir
Adieu
Début
Fin
Annulation
Garde-meubles
Ordinateur
Déménageurs
Nouveau
Tu te souviens ?
Je n'ai pas oublié
J'ai mal
Où ?
Quand ?
Combien de temps ?
Fête d'adieu
Route
Maison
Pas de maison
Chercher
Pas trouvé
Dormir
Pas dormir
Pourquoi ?
Non
Oui
lundi 11 octobre 2010
As we let our own light shine...
Marianne Williamson, A Return to Love , 1992
(incorrectly attributed to Nelson Mandela)
jeudi 7 octobre 2010
Etre artiste - Extraits de R.M. Rilke
Etre artiste c'est ne pas compter, c'est croître, croître comme l'arbre qui ne presse pas sa séve, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps sans craindre que l'été puisse ne pas venir ; l'été vient, mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s'ils avaient l'éternité devant eux ; je l'apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis: Patience est tout.
Rainer Marie Rilke, Lettres à un jeune poète
mercredi 6 octobre 2010
Les endroits vides (3)
Au début, je croyais que la danse devait servir à exprimer mes sentiments, mon "Vrai Moi Intérieur". C'est ce qu'on nous dit toujours, c'est le cliché absolu de l'artiste qui "s'exprime".
C'est faux.
Mes sentiments n'intéressent personne. Ou si c'est le cas, ca intéressera les gens le temps d'une danse. Tout le monde se fiche de ce que je ressens. C'est trop personnel.
Il faut créer un espace vide. Un vase. Je le forme sur scène. Il monte, descend, il prend forme, en change sous mes doigts, comme fait le potier. Mais comme Lao tseu l'écrivait, l'intêret du vase c'est qu'il est vide à l'intérieur. Chacun peut y metre ce qu'il veut.
Si l'on arrive sur scène avec un vase déjà rempli d'un bouquet alors certes le bouquet est peut-être beau mais il n'y a rien á y ajouter. On se contentera d'émettre un avis sur la composition peut-être...
Le vase vide prête une forme, un cadre mais reste vide. A chacun d'y mettre ce qu'il veut. Ou de choisir délibérement de le laisser vide.
Il faut une certaine humilité de la part du danseur pour ne pas remplir ce vase, et ainsi imposer son bouquet, ses sentiments aux spectateurs.
Cette humilité, si rare sur scène malheureusement est pourtant à mon sens la qualité essentielle du danseur, de l'artiste même sûrement.
Attention, l'humilité ce n'est pas la victimisation. Rien de pire que celui qui arrive en disant "désolé, je vais faire d emon mieux pour vous satisfaire avec mes maigres possibilités". Quelle arrogance il y a dans cette pensée ! Quelle envie d'être protégé, cajolé, aimé...
Ce n'est pas ça !!
La vraie humilité requiert tellement de confiance en soi. Tant de confiance en soi qu'on peut justement se présenter face à des gens, dans toute sa vulnérabilité. Aucun art plus que la danse ne porte plus de vulnérabilité. L'écrivain ne se montre jamais directement, il n'apparaît que dans son livre, comme le sculpteur, le peintre. Même le musicien pousse son instrument au premier plan.
Alors que le danseur n'a que lui-même et son corps. Comme le musicien il exerce dans l'instant et forme un vase unisque qui disparaitra à la fin de la représentation et ne passera pas à la postérité de la même manière qu'un livre ou un tableau. Son vase ne survit que dans la mémoire des spectateurs. Et encore. Seulement si les spectauer on bien voulu regardé l'espace vide.
Car on ne peut forcer les gens à regarder à l'intérieur, dans le vide.
La plupart des gens n'y voit aucun intêret. Ils n'y voient que le "rien" et en restent à la surface, à la forme du vase.
Il n'y a ni critique, ni mépris, ni déception dans cette remarque. Chacun regarde où il veut.
Et justement l'humilité aide. Si l'on est suffisamment humble pour se séparer de soi et venir présenter un espace vide, son espace vide, toujours renouvellé, pour que les autres s'y inscrivent d'eux-mêmes s'ils le souhaitent, alors on s'épargne toutes ces insupportables "explications" du "message" qu'on aurait voulu "faire passer".
Il faut accepter de former le vase, puis de la déposer, le laisser sur le bord de la scène et de se retourner sans vouloir savoir si les gens l'ons pris, regardé, caressé, ou même peut-être rempli.
dimanche 3 octobre 2010
Questionnaire de Proust
Ma vertu préférée :
Le principal trait de mon caractère : l'ouverture
La qualité que je préfère chez les hommes :
La qualité que je préfère chez les femmes :
Mon principal défaut : douter toujours
Ma principale qualité : douter toujours
Ce que j’apprécie le plus chez mes amis
Mon occupation préférée : danser
Mon rêve de bonheur : je suis déjà heureuse
Quel serait mon plus grand malheur ? : ne plus pouvoir décider
A part moi -même qui voudrais-je être ? je me suffis
Où aimerais-je vivre ? Pas encore décidé
La couleur que je préfère : rouge
La fleur que j’aime : aucune en particulier. L'odeur du muguet et du lilas.
L’oiseau que je préfère
Mes auteurs favoris en prose : ce sont plus des ouvrages que des auteurs.
Mes poètes préférés : Rilke, Dehmel, Baudelaire
Mes héros dans la fiction :
Mes héroïnes favorites dans la fiction :
Mes compositeurs préférés : Wagner
Mes peintres préférés
Mes héros dans la vie réelle : personne
Mes héroïnes préférées dans la vie réelle : personne
Mes héros dans l’histoire : personne
Ma nourriture et boisson préférée : sushi et eau
Ce que je déteste par-dessus tout : la léthargie
Le personnage historique que je n’aime pas : chacun a joué son rôle
Les faits historiques que je méprise le plus : aucun
Le fait militaire que j’estime le plus : aucun
La réforme que j’estime le plus
Le don de la nature que je voudrais avoir : la téléportation !
Comment j’aimerais mourir : peu m'importe
L’état présent de mon esprit : chaos
La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : je ne sais pas
Ma devise : ce que les autres te reprochent, cultive-le, c'est toi (J. Cocteau)
Les endroits vides (2)
C'est de son vide que dépend l'usage du vase
On perce des portes et des fenêtres
Pour faire une maison
C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être
L'usage naît du non-être
Lao Tseu Tao Te King
samedi 2 octobre 2010
Venus Consolatrix
Et l’étoile Lucifer vint ; ma nuit
Pâlit devant sa splendeur.
Il brillait devant le mur noir de ma chambre
Et comme sortant d’une fiole sans fond,
Des veines d’argent recouvrirent la console
Qui depuis longtemps se tenait, noir et vide, dans le coin.
Soudain la colonne prit vie
Et une femme apparut dans la lumière
Dans sa chevelure noire elle portait
Une couronne de roses claires et de feuilles.
Sa robe de velours blanc
Brillait comme la neige
Mais autour du cou, la dentelle était rouge sang
Rouge comme la fleur d’Aloe ;
Et ses yeux rêvaient dans leur profondeur brune,
Comme s’il y sommeillait la nostalgie des mers du sud.
Elle me tendit les bras
Et je vis avec étonnement
Son pouls monter et descendre avec énergie.
Alors elle inclina la tête et me dit : toi,
Toi qui est si fatigué, viens :
On pardonne beaucoup à celui qui aime beaucoup.
Tu n’as pas besoin de fuir la grande Vie
Par laquelle coule la petite. Oh viens, sois pieux !
Et sans un mot elle souleva la dentelle
Elle toucha le tissu soyeux
Et ouvrit le tissu blanc de sa robe ;
Elle me montra du bout de ses doigts
Qui embrassaient la lumière des étoiles
Les bourgeons bruns de ses seins blancs
Puis elle reprit : Regarde ! Voici la chair
Qui fit du petit sauveur un saint
Avant que je ne l’amène à sa grande croix
Moi Marie, la Nazaréenne –
Oh regarde, c’est la même chair
Que le grand Sauveur a aimé
Avant que je ne l’allonge dans sa petite tombe
Moi Marie, la Magdala –
Viens, lève-toi et regarde mes blessures à moi
Et apprends à te sauver et te guérir !
Et en souriant, elle se défit de ses vêtements
Et étira tout son corps nu ;
Comme des runes saintes, les cicatrices de sa maternité
Recouvraient la peau de son ventre
Elles couraient en lignes miraculeuses
Jusque dans les profondeurs de sa toison noire
Elle reprit la parole et s’approcha de moi :
Ne veux-tu pas me regarder aussi dans les yeux ?!
Et mes yeux nagèrent en elle.
Nostalgie : tu dois plonger
Je me laissai bercer dans ses bras, dans la mer profonde
Je me laissai emporter plus profond, toujours plus profond avec bonheur
Je crois voir le fond du monde –
La douleur m’imprègne une vie jamais ressentie
Et, sa couronne de rose et de feuilles dans mes mains,
Pendant que nous tremblions
Je bégayai : oh résurrection – résurrection –résurrection !Richard Dehmel Die Verwandlungen der Venus
(traduction de moi-même)
vendredi 1 octobre 2010
L'art e(s)t le Mal (2)
Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète
Richard Dehmel: http://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Dehmel
Amour
Mais réfléchis : est-ce que cela peut produire quelque chose de bien, lorsqu'on se donne non pas comme un tout bien ordonné, mais selon le hasard, pièce par pièce, comme cela se trouve? Est-ce que se donner de cette manière, qui est plutôt se jeter soi-même au rebut, se déchirer en petits morceaux, est-ce que cela peut-être quelque chose de bon, peut signifier le bonheur, la joie, le progrès ? Non c'est impossible... [...] Or les jeunes gens qui s'aiment se jettent l'un à l'autre, dans l'impatience et la hâte de leur passion, et ils ne remarquent pas combien cet abandon désordonné trahit un manque d'estime réciproque, ils ne le remarquent qu'ensuite, avec étonnement et rancoeur, lorsque surviennent les dissensions que fait naître en eux tout ce désordre. Et lorsque la désunion s'est installée, la confusion ne fait que croître tous les jours ; aucun des deux n'a plus rien autour de soi qui ne soit brisé, avarié, qui soit resté pur, et au milieu de la désolation de ces ruines, ils cherchent à maintenir l'apparence de leur bonheur - car tout cela est sensé n'avoir eu lieu que pour ce bonheur. Dans son manque d'assurance, chacun devient toujours plus injuste envers l'autre ; ceux qui voulaient ne se faire que du bien n'agissent plus l'un envers l'autre que de façon autoritaire et impatiente, et dans leur désir d'échapper d'une manière quelconque à cet état intenable, insupportable, de leur confusion, ils commettent la faute la plus grave qui se puisse trouver dans les relations humaines : ils deviennent impatients. Ils se précipitent vers une conclusion, vers une décision qu'ils croient définitive, ils tentent de fixer une fois pour toutes un rapport dont les transformations surprenantes les a remplis d'effroi, afin qu'ils restent "éternellement" - comme ils disent - le même. Ce n'est que la dernière erreur dans cette longue chaîne d'errement accrochés l'un à l'autre. Même ce qui est mort, il est impossible de le retenir définitivement (car cela continue à se décomposer et à se tranformer à sa manière) [...]
Vivre c'est justement se métamorphoser, et les relations humaines, qui sont un concentré de vie, sont ce qu'il y a de plus instable.
Rainer Maria Rilke, extrait d'une lettre à Friedrich Westhoff
