samedi 2 octobre 2010

Venus Consolatrix

Et l’étoile Lucifer vint ; ma nuit

Pâlit devant sa splendeur.

Il brillait devant le mur noir de ma chambre

Et comme sortant d’une fiole sans fond,

Des veines d’argent recouvrirent la console

Qui depuis longtemps se tenait, noir et vide, dans le coin.

Soudain la colonne prit vie

Et une femme apparut dans la lumière

Dans sa chevelure noire elle portait

Une couronne de roses claires et de feuilles.

Sa robe de velours blanc

Brillait comme la neige

Mais autour du cou, la dentelle était rouge sang

Rouge comme la fleur d’Aloe ;

Et ses yeux rêvaient dans leur profondeur brune,

Comme s’il y sommeillait la nostalgie des mers du sud.

Elle me tendit les bras

Et je vis avec étonnement

Son pouls monter et descendre avec énergie.

Alors elle inclina la tête et me dit : toi,

Toi qui est si fatigué, viens :

On pardonne beaucoup à celui qui aime beaucoup.

Tu n’as pas besoin de fuir la grande Vie

Par laquelle coule la petite. Oh viens, sois pieux !

Et sans un mot elle souleva la dentelle

Elle toucha le tissu soyeux

Et ouvrit le tissu blanc de sa robe ;

Elle me montra du bout de ses doigts

Qui embrassaient la lumière des étoiles

Les bourgeons bruns de ses seins blancs

Puis elle reprit : Regarde ! Voici la chair

Qui fit du petit sauveur un saint

Avant que je ne l’amène à sa grande croix

Moi Marie, la Nazaréenne –

Oh regarde, c’est la même chair

Que le grand Sauveur a aimé

Avant que je ne l’allonge dans sa petite tombe

Moi Marie, la Magdala –

Viens, lève-toi et regarde mes blessures à moi

Et apprends à te sauver et te guérir !

Et en souriant, elle se défit de ses vêtements

Et étira tout son corps nu ;

Comme des runes saintes, les cicatrices de sa maternité

Recouvraient la peau de son ventre

Elles couraient en lignes miraculeuses

Jusque dans les profondeurs de sa toison noire

Elle reprit la parole et s’approcha de moi :

Ne veux-tu pas me regarder aussi dans les yeux ?!

Et mes yeux nagèrent en elle.

Nostalgie : tu dois plonger

Je me laissai bercer dans ses bras, dans la mer profonde

Je me laissai emporter plus profond, toujours plus profond avec bonheur

Je crois voir le fond du monde –

La douleur m’imprègne une vie jamais ressentie

Et, sa couronne de rose et de feuilles dans mes mains,

Pendant que nous tremblions

Je bégayai : oh résurrection – résurrection –résurrection !

Richard Dehmel
Die Verwandlungen der Venus
(traduction de moi-même)

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