jeudi 2 février 2012

Peter Pan

Il y a des gens qui ne veulent pas vieillir. Ils veulent rester enfants, comme Peter Pan. Ils ne veulent pas grandir et rester dans leur monde.

Mon enfance, objectivement parlant, n'a pas été malheureuse. Je n'ai pas été frappée, j'ai toujours eu à manger et même on m'a aimée, de manière indirecte (il m'aura fallu attendre 20 ans pour m'en rendre compte cependant).

Subjectivement parlant, je ne garde absolument pas une image idyllique de mon enfance et je me suis longtemps demandé pourquoi au final. Depuis qq jours, c'est comme si la lumière s'était faite sur cette partie de ma vie.

Mon enfance est une enfance de dépendance et de soumission.
Ma mère n#a jamais travaillé et s'est occupé en permanence de ma soeur et de moi. C'est une chance bien sûr que d'autres m'envierait. Mais c'est aussi la malchance d'être constamment surveillée. Si j'étais seule, c'était dans ma chambre, et jamais bien longtemps. Je n'avais pas le droit de sortir. Si j'étais dehors ma mère ou ma grand-mère étaient à la fenêtre, prêtes à crier mon nom dés que je sortais de leur champ de vision.
Si avec mes cousins nous voulions nous éloigner de qq mètres (!) du terrain de jeu imparti, il fallait prévenir, un adulte descendait nous surveiller. Ou alors nous n'avions pas le droit, tout simplement. A 14 ans mes parents engageaient encore une babysitter. J'avais 16 ans la première fois que j'ai pris le train seule.

Mis à part mes cousins pendant un mois l'été, en Vendée, je n'avais pas d'amis. Pas de bande avec qui s'envoler vers le pays imaginaire. Mon grand pays imaginaire est restée peuplé de fantômes, personne á part moi ne s'y est jamais rendu.

J'envie ceux qui ont eu des amis avec qui ils ont fait les 400 coups, loin de la surveillance de leurs parents.
Mes parents ont été omniprésents, à tel point que chez moi, ce n'était pas chez moi mais chez eux. Pas question de dire "ma télé". Mon père me reprenait violemment "ce n'est pas à toi, c'est á moi et je veux bien que tu la regardes". Je ne crois pas qu'il se soit aperçu á quel point ces propos étaient violent pour un enfant. En fait j'espère qu'il ne s'en rendait pas compte. Dire de telles choses sciemment c'est...
La dernière fois que j'ai entendu cette phrase, c'était á propos du téléphone portable que j'utilisais à l'internat. Non, il n'était pas à moi, mais á eux. J'avais 18/19 ans !!!

Ma chambre non plus n'était pas à moi. Mes parents rentraient tout le temps (forcément, c'était "leur" maison), sans parler de ma soeur qui, malgré le fait qu'elle avait une chambre à elle, était toujours dans la mienne.

J'étais apparemment la seule à avoir remarqué à quel point ma soeur était jalouse de moi (elle l'est toujours d'ailleurs!). Ma chambre, c'était sa chambre, mes jouets, c'était ses jouets. "Il faut partager" répétaient mes parents, une phrase qui devenait souvent, dans la bouche de mon pére "la fourmi n'est pas prêteuse et c#est là son moindre défaut". Une phrase répétée á l'envi, avec des gros yeux et un ton de voix qui n'admettait aucune réponse. Aucune réponse n'était jamais admise d'ailleurs. Enfant, et encore plus adolescente, je me faisais rembarrer á chaque fois que je m'exprimais, par une boutade qui me faisait comprendre qu'à l'âge que j'avais j'avais surtout le droit de me taire, ou par une réprimande, voire un renvoi dans ma chambre.
Il a fallu avaler sans se défendre les injustices (tant pis) mais aussi les insultes ("petite peste", "sombre abrutie"). Je me souviens que ces insultes tombaient justement quand j'essayais de m'affirmer, ou quand je refusais de prêter qqch à ma soeur, sous le prétexte que c'était à moi qu'on avait offert ce jouet (je me souviens d'une scène pour mon 9ème ou 10ème anniversaire où, à peine le cadeau déballé, ma soeur l'avait déjá dans les mains. C'est moi qui n'était pas prêteuse).

Ma mère a contrôlé mes souvenirs d'enfance. S'il ne me reste aucune peluche, aucun jouet, rien, c'est parce que ma mére les a jetés, ou donnés. Sans jamais me demander mon avis.

Adolescente, ma mère se conduisait de facon infernale avec les rares amies (toutes rencontrées par courrier, puisque dans la vraie vie je n'y arrivais pas vraiment). Une fille est venue une fois à la maison. Elle ne lui a pas adressé une seule fois la parole et quand elle est partie, elle a lâché un "elle est nulle cette fille".

Ce n'est finalement qu'avec mon déménagement que j'ai enfin acquis ce petit bout de chez moi / à moi. Plus personne pour me contrôler. C'était la première fois. J'avais 20 ans.

lundi 16 janvier 2012

Ah oui. J'ai remarqué ca aussi.

Je supposais que c'était de ca que mon corps manquait et j'avais raison.
Quelle force ca me donne ! la plénitude, au sens propre du terme et au sens figuré.

Ca me ferait du bien de recevoir ca souvent et pourtant je ne peux pas me résoudre à l'accepter de qqn d'autre. Je ne sais pas pourquoi. Le lien est trop fort.

Alors mon corps est en manque de cette plénitude qui m'est trop peu offerte et que je n'accepte de personne d'autre.


Et ce qui manque à mon âme c'est de la tendresse. L'autre partie. Juste un signe de tendresse.







J'ai besoin d'écrire mais je ne sais même pas vraiment quoi.

Mes cheveux ont recommencé à tomber. C'est dur ce que j'ai infligé à mon corps ces douze derniers mois. Il n'y a que moi qui m'en rends compte probablement et c'est mieux comme ca.
Mais ce voyage c'est autant de douleur que de bonheur et autant de peur que de confiance.

On peut dire que j'ai choisi cette vie. Oui. Mais en fait je n'avais plus le choix. J'ai pris la seule porte ouverte.
Ici quand on a "choisi" alors on a plus le droit de se plaindre. Si on parle des douleurs, du mal que ca fait, on entendra rien d'autre que "c'est toi qui l'a voulu!". Oui j'ai voulu mais sans vouloir. C'est comme si on m'avait appelée et malgré la peur j'ai répondu. On m'a appelé longtemps et j'ai longtemps dit non! je me suis défendue jusqu'à n'en plus pouvoir, jusqu'à ce que le seul moyen de recouvrer mes forces soit de dire oui.

Je me souviens bien des mois qui ont précédé mon oui. Exsangue, mes cheveux tombaient aussi, presque par poignées. Je pleurais chez le médecin tout en connaissant la solution.

A peine la décision de partir prise, mes cheveux ont cessé de tomber et j'ai mené la barque sans réfléchir, comme hypnotisée, jusqu'à la sortie du tunnel.
Et là encore je ne peux pas dire non. J'aime cette vie dont j'ai peur.
Je n'arrive même pas à imaginer arrêter, comme portée par un souffle ou un fleuve et pourtant je sais que ca arrivera. Je ne sais pas où. Il y a des choses et des personnes que je me souhaite. Je ne peux même pas l'écrire tant c'est fragile. Les mots les casseraient.

Pauvre corps. J'espère que je ne vais pas le casser. J'ai l'impression d'avoir l'esprit trop lourd de questions, d'émotions qui vont d'un extrême à l'autre.
Je suis encore tiraillée entre le besoin de me poser des questions et celui de ne plus m'en poser.
Non en fait je fais déjà les deux.

Toujours deux, toujours deux !!!!

Ils ont peut-être raison, peut-être que je suis folle en fait.

Mais qui voudra de moi...