mercredi 1 décembre 2010

Etats créatifs



Je suis récemment tombée sur cette vidéo via facebook. Le public féminin s'accorde évidemment à la trouver "trooooooooop mignoooooooonne!"...

Je le trouve intéressante du point de vue créatif. La petite fille improvise une histoire qui semble pour nous n'avoir que très peu de cohérence. On y retrouve des personnages connus (Winnie, Tigrou) issus de son environnement quotidien de petite fille, mêlé à des éléments très dramatiques (les arbres terribles, les pauvres animaux dans les boîtes, meurtres). Les rebondissements se succèdent sans cohérence apparente.

La première chose qui m'est venue à l'esprit est que si cette histoire n'avait pas été dans la bouche d'un enfant, mais d'un adulte, on l'aurait qualifié de fou, ou d'idiot ou, dans le meilleur des cas, on se serait demandé ce qu'il a bu ou fumé.

Parce que la création, surtout de manière improvisée est justement loin du monde des adultes, analytique, logique. C'est, comme je l'ai déjà évoqué, un processus chaotique, non linéaire, flexible. Comme dans la folie. (La folie (...) n'est autre chose que le désordre ou le défaut d'accord des impressions ordinaires (Cabanis, Rapp. phys. et mor., t. 1, 1808, p. 90)

Dans la vidéo on voit aussi le rôle de la maman qui par ses marques d'intêret suscite de nouvelles idées et la continuation de l'histoire. Illustration parfaite de l'artiste en improvisation face à un public qui se nourrit aussi bien de soi-même que des spectateurs/auditeurs.

Cela me fait penser aux techniques informatiques de morphing. Une image devient une autre, sans rapport avec la première tout d'abord mais l'ordinateur déforme les traits de telle manière que l'on a l'impression que l'une découle naturellement de l'autre.

Picasso l'avait déjà écrit: "Dans chaque enfant il y a un artiste. Le problème est de savoir comment rester un artiste en grandissant. "

mardi 16 novembre 2010

Mourir

Cet excellent hôtel est très ancien. Déjà à l'époque de Clovis on y mourait dans quelques lits. A présent on meurt dans cinq cent cinquante-neuf lits. En série bien entendu.Il est évident qu'en raison d'une production aussi intense, chaque mort individuelle n'est pas aussi bien exécutée, mais d'ailleurs cela importe peu. c'est le nombre qui compte. qui attache encore du prix à une mort bien exécutée ? Personne. Même les riches, qui pourraient cependant s'offrir ce luxe, ont cessé de s'en soucier ; le désir d'avoir sa mort à soi devient de plus en plus rare. Quelque temps encore, et il deviendra aussi rare qu'une vie personnelle. C'est que, mon Dieu, tout est là. On arrive, on trouve une existence toute prête, on n'a plus qu'à la revêtir. On veut repartir, ou bien l'on est forcé de s'en aller : surtout pas d'effort ! Voilà notre mort, monsieur. On meurt tant bien que mal, on meurt de la mort qui fait partie de la maladie dont on souffre.

R.M. Rilke, les Cahiers de Malte Laurids Brigge

lundi 15 novembre 2010

Première fois...

Elle tourna ses yeux vers moi ; ils étaient passionnés, Je la prends amoureusement entre mes bras, je la porte sur mon lit, je la renverse, elle écarte les cuisses, mes yeux se jettent avec fureur sur une petite rose vermeille qui commence à s'épanouir. Un poil blond et placé par petits toupets commençait à ombrager une motte dont le pinceau le plus délicat rendrait fablement la blancheur vive et animée. Suzon, immobile, attendait avec attention des marques de ma passion plus sensibles et plus satisfaisantes ; je tâchais de les lui donner. je m'y prenais fort mal, trop bas, trop haut, je me consumais en efforts inutiles. Elle me le mit elle-même. Ah ! je sentis alors qu'il étais dans le véritable chemin. Une douleur que je ne pensais pas trouver sur une route que je croyais couverte de fleurs m'arrêta d'abord. Suzon en ressentit une pareille, mais nous ne nous rebutâmes pas. Suzon tâchait de rendre la route plus large, je faisais des effots plus violents qu'elle secondait. Déjà, j'avais fait la moitié de ma course Suzon roulait sur moi des yeux mourants, son visage était enflammé, elle ne respirait que par intervalles, elles me renvoyait une chaleur prodigieuse, je nageais dans un torrent de délices, mais j'en espérais encore de plus grandes ; je me hâtais de les goûter.
Ô ciel ! Des moments si doux devaient-ils être troublés par le plus grand des malheurs ? Je poussais avec ardeur : mon lit, ce malheureux lit, ce témoin de mes transports et de mon bonheur nous trahit : il n'était que de sangle : la cheville manqua, nous tombâmes avec un bruit affreux. Cette chute m'eût été favorable, puisqu'elle m'avait fait entrer jusqu'où je pouvais aller, quoiqu'avec une extrême douleur pour tous les deux. Suzon se faisait violence pour retenir ses cris : effrayée, elle tâchait de s'arracher de mes bras. J'étais furieux d'amour et de désespoir et je ne la serrais que plus étroitement. Mon opiniâtreté me coûta cher.
Toinette, avertie par le bruit, accourt, ouvre, entre et nous voit. Quel spectacle pour les yeux d'une mère ! La surprise la rendit immobile, et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus puissant que ses efforts, il semblait qu'elle ne pût avancer. [...]
Suzon était tombé en faiblesse - ses yeux tendres se fermaient. Je n'eus ni la force, ni le courage de me retirer. Je jetais alternativement mon regard sur Toinette et Suzon, sur l'une avec rage, sur l'autre avec douleur. Enhardi par l'immobilité où l'étonnement semblait retenir Toinette, je voulus en profiter, je poussais ! Suzon donna alors un signe de vie, elle jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra, donna un coup de cul : Suzon goûtait le souverain plaisir, elle déchargeait, ses ravissements me faisaient envie, j'allais les partager ! Toinette se lança sur moi au moment où je sentais les approches du plaisir, elle m'arracha des bras de ma chère Suzon. Ô dieux ! n'avais-je pas assez de force pour me venger ? Le désespoir me l'ôta sans doute puisque je restais imobiles dans les bras de cette marâtre jalouse.

Boyer d'Argens, Dom Bougre, 1741

dimanche 7 novembre 2010

Thérèse philosophe

-- [...] mais dis-moi, est-il bien vrai que dans le genre des plaisirs que nous goûtons, nous ne péchions pas contre l'intêret de la société ? Et cet amant sage, dont tu approuves la prudence, qui retire l'oiseau de son nid et qui répand le baume de vie au-dehors, ne fait-il pas également un crime ? car il faut convenir que, les uns et les autres, nous supprimons à la société un citoyen qui pourrait lui devenir utile.
- Ce raisonnement, répliqua l'Abbé, paraît d'abord spécieux ; mais vous allez voir ma belle dame, qu'il n'a cependant que l'écorce. Nous n'avons acune loi humaine ni divine qui nous invite, et encore moins nous contraigne de travailler à la multiplication du genre humain. Toutes ces lois permettent le célibat aux garçons et aux filles, à une foule de moines fainéants et de religieuses inutiles ; elles permettent à l'homme marié d'habiter avec sa femme grosse, quoique les semences alors répandues le soient sans espérance de fruit. L'état de virginité est même réputé préférable à celui du mariage. Or, ces faits posés, n'est-il pas certain que l'homme qui triche, et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent en pure perte : ne sont-ils donc les uns et les autres precisément das un cas égal eu égard à la société ? Ils ne lui donnent tous aucun citoyen ; mais la saine raison ne nous dicte-t-elle pas qu'il vaut mieux encore que nous jouissions d'un plaisir qui ne fait de tort à personne, en répendant inutilement cette semence, que de la conserver dans nos vaisseaux spermatiques, non seulement avec la même inutilité, mais encore aux dépens de notre santé et souvent de notre vie ?

Boyer d'Argens, Thérèse Philosophe

jeudi 21 octobre 2010

Valparaiso - Anggun

Délier les pages
Du grenier de la mer
Réveiller les mages
Des histoires au long cours
S'habiller de lettres
De marins solitaires
Oublier peut-être
La fin du jour

Je serai la reine
Du premier qui m'emmène
Sur les pacifiques pleines
Tout au bout de l'eau
Sans bagages
Sans toucher le rivage
Sans bouger d'une image
En rêvant tout haut

Vouvoyer mes ombres
Sur trois pages jaunies
S'irradier, se fondre
Sur la route du sel
Sacrifier ma raison
La ville où j'ai grandi
Aiguiller mes visions
De signaux rebelles

Je serai la reine
Du premier qui m'emmène
Plus loin que les baleines
Tout au bout de l'eau
Sans bagages
Sans corps, sans visage
Sans bouger d'une image
En rêvant tout haut

En rêvant tout haut
D'un monde plus beau

Valparaiso

Valparaiso
Valparaiso en hiver
A deux pages de Paris sur mer

Valparaiso
Loin de Jakarta ma terre
Fables d'or et de poussière ....

mercredi 20 octobre 2010

Dessine-moi un mouton

Quelle solitude
De mourir
Sans certitude
D'être au moins

Une particule
De vie
Un point minuscule
Utile à quelqu'un

Quelle solitude
D'ignorer
Ce que les yeux
Ne peuvent pas voir

Le monde adulte
Isolé
Un monde abrupt
Et là, je broie du noir

Dessine-moi un mouton
Le ciel est vide sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Redevenir l'enfant que nous étions
Dessine-moi un mouton
Le monde est triste sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Apprivoiser l'absurdité du Monde

Quelle solitude
De se dire
Que la morsure
Du temps n'est rien

Le rêve est bulle
De vie
Un bien majuscule
Utile au chagrin


Déconfiture
Des pépins
Mais je veux croire
En l'au-delà

Et vivre est dur
Toujours un choix
Mais je jure
Que le monde est à moi

Dessine-moi un mouton
Le ciel est vide sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Redevenir l'enfant que nous étions
Dessine-moi un mouton
Le monde est triste sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Apprivoiser l'absurdité du Monde

Il est à moi...
Il est à moi...
Il est à moi...
Il est à moi...Le Monde

Dessine-moi un mouton
Le ciel est vide sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Redevenir l'enfant que nous étions
Dessine-moi un mouton
Le monde est triste sans imagination
C'est ça
Dessine-moi un mouton
Apprivoiser l'absurdité du Monde

vendredi 15 octobre 2010

Une fois de plus...

... je ne trouve pas de titre pour cette entrée.

C'était justement de cela dont je voulais parler.
Je me demande si je suis stupide, ou si mon cerveau a besoin du triple de temps pour se mettre en place.

J'admire les gens qui savent écrire et parler. Si vous avez lu ce blog auparavant alors vous avez remarqué la pauvreté des textes que j'ai écrits moi-même, et vous avez sûrement remarqué qu'il me faut la plupart du temps laisser parler d'autres à ma place. Le nombre de citations que j'ai pu poster en témoigne.
Moi je ne sais pas écrire. Mon vocabulaire est pauvre, imprécis et peine à refleter ce que je pense.

Enfin penser, parfois c'est un bien grand mot. J'ai l'impression de vivre dans une mer d'informations, intellectuelles, sensuelles. Je les reçois toute en même temps et me sens absolument incapable de les trier. Oui j'ai tout vu, tout entendu, tout ressenti, je ne suis passée à côté de rien, mais impossible de le retranscrire en mots. Impossible de créer des liens entre les informations pour les retranscrire de manière intelligible pour d'autres.

Je lis beaucoup. Sûrement moins que d'autres. Mais beaucoup malgré tout.
Je lis des traités de philosophie. Je lis lentement et je relis souvent. Pour être sûre de bien comprendre, pour me reformuler les phrases pour moi même.
J'admire ces hommes qui ont su trouver des mots pour exprimer leurs idées. Des mots précis et réfléchis.

Je regarde des débats ou des expressions d'opinions sur internet. J'admire la culture de ces gens qui semblent tout savoir de l'histoire, de la culture, qui voient les failles dans les discours des autres. Moi j'ai besoin qu'on me les montre. Je ne perçois pas tous ces rouages rhétoriques. Je ne reconnais pas spontanément la façon dont les événements, les idées s'enchaînent.

J'admire les gens, les humoristes, qui ont des fulgurances. Une référence leur en amène une autre. Un mot leur en rappelle un autre. En un éclair.

J'admire cette intelligence que je n'ai pas. J'aurai aimé l'avoir. J'ai parfois honte. Je me sens comme un spectateur très loin à l'extérieur.
Je crois que je sortirai jamais cette grande mer, de ce grand chaos où tout est mélangé, où tout est présent mais où rien ne se détache.

mercredi 13 octobre 2010

Effets secondaires

Oui
Non
Pourquoi ?
Dommage
Il faut
J'ai besoin
Garder
Perdre
Donner
Partir
Rester
Au revoir
Adieu
Début
Fin
Annulation
Garde-meubles
Ordinateur
Déménageurs
Nouveau
Tu te souviens ?
Je n'ai pas oublié
J'ai mal
Où ?
Quand ?
Combien de temps ?
Fête d'adieu
Route
Maison
Pas de maison
Chercher
Pas trouvé
Dormir
Pas dormir
Pourquoi ?
Non
Oui

Mouvements

Ces deux animaux m'inspirent. Leurs mouvements, leurs poses, le jeu de leurs muscles...




lundi 11 octobre 2010

As we let our own light shine...

"Our deepest fear is not that we are inadequate. Our deepest fear is that we are powerful beyond measure. It is our light, not our darkness, that most frightens us. We ask ourselves, who am I to be brilliant, gorgeous, talented, fabulous? Actually, who are you not to be? You are a child of God. Your playing small doesn't serve the world. There's nothing enlightened about shrinking so that other people won't feel insecure around you. We are all meant to shine, as children do. We were born to make manifest the glory of God that is within us. It's not just in some of us; it's in everyone. And as we let our own light shine, we unconsciously give other people permission to do the same. As we're liberated from our own fear, our presence automatically liberates others."

Marianne Williamson, A Return to Love , 1992
(incorrectly attributed to Nelson Mandela)

jeudi 7 octobre 2010

Etre artiste - Extraits de R.M. Rilke

Vous me demandez si vos vers sont bons. Vous me le demandez, à moi. Vous l'avez auparavant demandé à d'autres. Vous les envoyez à des revues. Vous les comparez à d'autres poèmes, et vous êtes agité quand certaines rédactions refusent vos tentatives. Eh bien - puisque vous m'avez autorisé à vous donner des conseils - je vous prie de laisser tout cela. Vous regardez vers l'extérieur, et c'est justement cela, plus que tout au monde, qu'il vous faudrait éviter en ce moment. Personne ne peut vous conseiller ni vous aider, personne. Il n'y a qu'un moyen, un seul. Rentrez en vous même.

Etre artiste c'est ne pas compter, c'est croître, croître comme l'arbre qui ne presse pas sa séve, qui résiste, confiant, aux grands vents du printemps sans craindre que l'été puisse ne pas venir ; l'été vient, mais il ne vient que pour ceux qui savent attendre, aussi tranquilles et ouverts que s'ils avaient l'éternité devant eux ; je l'apprends tous les jours au prix de souffrances que je bénis: Patience est tout.

Rainer Marie Rilke, Lettres à un jeune poète

mercredi 6 octobre 2010

Les endroits vides (3)

Au fur et à mesure, j'ai commencé à entrevoir les espaces vides dans la danse et à les créer.

Au début, je croyais que la danse devait servir à exprimer mes sentiments, mon "Vrai Moi Intérieur". C'est ce qu'on nous dit toujours, c'est le cliché absolu de l'artiste qui "s'exprime".

C'est faux.

Mes sentiments n'intéressent personne. Ou si c'est le cas, ca intéressera les gens le temps d'une danse. Tout le monde se fiche de ce que je ressens. C'est trop personnel.

Il faut créer un espace vide. Un vase. Je le forme sur scène. Il monte, descend, il prend forme, en change sous mes doigts, comme fait le potier. Mais comme Lao tseu l'écrivait, l'intêret du vase c'est qu'il est vide à l'intérieur. Chacun peut y metre ce qu'il veut.
Si l'on arrive sur scène avec un vase déjà rempli d'un bouquet alors certes le bouquet est peut-être beau mais il n'y a rien á y ajouter. On se contentera d'émettre un avis sur la composition peut-être...
Le vase vide prête une forme, un cadre mais reste vide. A chacun d'y mettre ce qu'il veut. Ou de choisir délibérement de le laisser vide.

Il faut une certaine humilité de la part du danseur pour ne pas remplir ce vase, et ainsi imposer son bouquet, ses sentiments aux spectateurs.
Cette humilité, si rare sur scène malheureusement est pourtant à mon sens la qualité essentielle du danseur, de l'artiste même sûrement.

Attention, l'humilité ce n'est pas la victimisation. Rien de pire que celui qui arrive en disant "désolé, je vais faire d emon mieux pour vous satisfaire avec mes maigres possibilités". Quelle arrogance il y a dans cette pensée ! Quelle envie d'être protégé, cajolé, aimé...
Ce n'est pas ça !!
La vraie humilité requiert tellement de confiance en soi. Tant de confiance en soi qu'on peut justement se présenter face à des gens, dans toute sa vulnérabilité. Aucun art plus que la danse ne porte plus de vulnérabilité. L'écrivain ne se montre jamais directement, il n'apparaît que dans son livre, comme le sculpteur, le peintre. Même le musicien pousse son instrument au premier plan.
Alors que le danseur n'a que lui-même et son corps. Comme le musicien il exerce dans l'instant et forme un vase unisque qui disparaitra à la fin de la représentation et ne passera pas à la postérité de la même manière qu'un livre ou un tableau. Son vase ne survit que dans la mémoire des spectateurs. Et encore. Seulement si les spectauer on bien voulu regardé l'espace vide.
Car on ne peut forcer les gens à regarder à l'intérieur, dans le vide.
La plupart des gens n'y voit aucun intêret. Ils n'y voient que le "rien" et en restent à la surface, à la forme du vase.
Il n'y a ni critique, ni mépris, ni déception dans cette remarque. Chacun regarde où il veut.

Et justement l'humilité aide. Si l'on est suffisamment humble pour se séparer de soi et venir présenter un espace vide, son espace vide, toujours renouvellé, pour que les autres s'y inscrivent d'eux-mêmes s'ils le souhaitent, alors on s'épargne toutes ces insupportables "explications" du "message" qu'on aurait voulu "faire passer".

Il faut accepter de former le vase, puis de la déposer, le laisser sur le bord de la scène et de se retourner sans vouloir savoir si les gens l'ons pris, regardé, caressé, ou même peut-être rempli.

dimanche 3 octobre 2010

Questionnaire de Proust

Ma vertu préférée :

Le principal trait de mon caractère : l'ouverture

La qualité que je préfère chez les hommes :

La qualité que je préfère chez les femmes :

Mon principal défaut : douter toujours

Ma principale qualité : douter toujours

Ce que j’apprécie le plus chez mes amis

Mon occupation préférée : danser

Mon rêve de bonheur : je suis déjà heureuse

Quel serait mon plus grand malheur ? : ne plus pouvoir décider

A part moi -même qui voudrais-je être ? je me suffis

Où aimerais-je vivre ? Pas encore décidé

La couleur que je préfère : rouge

La fleur que j’aime : aucune en particulier. L'odeur du muguet et du lilas.

L’oiseau que je préfère

Mes auteurs favoris en prose : ce sont plus des ouvrages que des auteurs.

Mes poètes préférés : Rilke, Dehmel, Baudelaire

Mes héros dans la fiction :

Mes héroïnes favorites dans la fiction :

Mes compositeurs préférés : Wagner

Mes peintres préférés

Mes héros dans la vie réelle : personne

Mes héroïnes préférées dans la vie réelle : personne

Mes héros dans l’histoire : personne

Ma nourriture et boisson préférée : sushi et eau

Ce que je déteste par-dessus tout : la léthargie

Le personnage historique que je n’aime pas : chacun a joué son rôle

Les faits historiques que je méprise le plus : aucun

Le fait militaire que j’estime le plus : aucun

La réforme que j’estime le plus

Le don de la nature que je voudrais avoir : la téléportation !

Comment j’aimerais mourir : peu m'importe

L’état présent de mon esprit : chaos

La faute qui m’inspire le plus d’indulgence : je ne sais pas

Ma devise : ce que les autres te reprochent, cultive-le, c'est toi (J. Cocteau)

Les endroits vides (2)

On pétrit de la terre glaise pour faire des vases.
C'est de son vide que dépend l'usage du vase
On perce des portes et des fenêtres
Pour faire une maison
C'est de leur vide que dépend l'usage de la maison
C'est pourquoi l'utilité vient de l'être
L'usage naît du non-être

Lao Tseu Tao Te King

samedi 2 octobre 2010

Venus Consolatrix

Et l’étoile Lucifer vint ; ma nuit

Pâlit devant sa splendeur.

Il brillait devant le mur noir de ma chambre

Et comme sortant d’une fiole sans fond,

Des veines d’argent recouvrirent la console

Qui depuis longtemps se tenait, noir et vide, dans le coin.

Soudain la colonne prit vie

Et une femme apparut dans la lumière

Dans sa chevelure noire elle portait

Une couronne de roses claires et de feuilles.

Sa robe de velours blanc

Brillait comme la neige

Mais autour du cou, la dentelle était rouge sang

Rouge comme la fleur d’Aloe ;

Et ses yeux rêvaient dans leur profondeur brune,

Comme s’il y sommeillait la nostalgie des mers du sud.

Elle me tendit les bras

Et je vis avec étonnement

Son pouls monter et descendre avec énergie.

Alors elle inclina la tête et me dit : toi,

Toi qui est si fatigué, viens :

On pardonne beaucoup à celui qui aime beaucoup.

Tu n’as pas besoin de fuir la grande Vie

Par laquelle coule la petite. Oh viens, sois pieux !

Et sans un mot elle souleva la dentelle

Elle toucha le tissu soyeux

Et ouvrit le tissu blanc de sa robe ;

Elle me montra du bout de ses doigts

Qui embrassaient la lumière des étoiles

Les bourgeons bruns de ses seins blancs

Puis elle reprit : Regarde ! Voici la chair

Qui fit du petit sauveur un saint

Avant que je ne l’amène à sa grande croix

Moi Marie, la Nazaréenne –

Oh regarde, c’est la même chair

Que le grand Sauveur a aimé

Avant que je ne l’allonge dans sa petite tombe

Moi Marie, la Magdala –

Viens, lève-toi et regarde mes blessures à moi

Et apprends à te sauver et te guérir !

Et en souriant, elle se défit de ses vêtements

Et étira tout son corps nu ;

Comme des runes saintes, les cicatrices de sa maternité

Recouvraient la peau de son ventre

Elles couraient en lignes miraculeuses

Jusque dans les profondeurs de sa toison noire

Elle reprit la parole et s’approcha de moi :

Ne veux-tu pas me regarder aussi dans les yeux ?!

Et mes yeux nagèrent en elle.

Nostalgie : tu dois plonger

Je me laissai bercer dans ses bras, dans la mer profonde

Je me laissai emporter plus profond, toujours plus profond avec bonheur

Je crois voir le fond du monde –

La douleur m’imprègne une vie jamais ressentie

Et, sa couronne de rose et de feuilles dans mes mains,

Pendant que nous tremblions

Je bégayai : oh résurrection – résurrection –résurrection !

Richard Dehmel
Die Verwandlungen der Venus
(traduction de moi-même)

vendredi 1 octobre 2010

L'art e(s)t le Mal (2)

Et il est si incroyablement vrai que l'expérience artistique est si incroyablement proche de l'expérience sexuelle, de sa douleur et de sa jouissance, que ces deux phénomènes ne sont en fait que deux formes différentes d'un seul et même désir, et d'une seule et même félicité. Et si, au lieu de rut, on avait le droit de dire - sexes, sexe dans toute la grandeur, l'ampleur, la pureté du mot, loin des suspicions que fait peser sur lui l'erreur des Eglises, l'art de Dehmel serait très grand et d'une importance infinie.

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

Richard Dehmel: http://en.wikipedia.org/wiki/Richard_Dehmel

Amour

La convention a essayé de faire de cette relation extrême, la plus compliquée de toutes, quelque chose de léger et de frivole, de lui donner l'apparence de quelque chose dont tout le monde serait capable. Il n'en est pas ainsi. L'amour est quelque chose de difficile, et il est plus difficile qu'autre chose parce que dans d'autres conflits, la nature elle-même commande aux hommes de se rassembler, de concentrer toutes ses forces, tandis que dans l'exaltation de l'amour, le charme et la tentation sont dans l'abandon de soi.
Mais réfléchis : est-ce que cela peut produire quelque chose de bien, lorsqu'on se donne non pas comme un tout bien ordonné, mais selon le hasard, pièce par pièce, comme cela se trouve? Est-ce que se donner de cette manière, qui est plutôt se jeter soi-même au rebut, se déchirer en petits morceaux, est-ce que cela peut-être quelque chose de bon, peut signifier le bonheur, la joie, le progrès ? Non c'est impossible... [...] Or les jeunes gens qui s'aiment se jettent l'un à l'autre, dans l'impatience et la hâte de leur passion, et ils ne remarquent pas combien cet abandon désordonné trahit un manque d'estime réciproque, ils ne le remarquent qu'ensuite, avec étonnement et rancoeur, lorsque surviennent les dissensions que fait naître en eux tout ce désordre. Et lorsque la désunion s'est installée, la confusion ne fait que croître tous les jours ; aucun des deux n'a plus rien autour de soi qui ne soit brisé, avarié, qui soit resté pur, et au milieu de la désolation de ces ruines, ils cherchent à maintenir l'apparence de leur bonheur - car tout cela est sensé n'avoir eu lieu que pour ce bonheur. Dans son manque d'assurance, chacun devient toujours plus injuste envers l'autre ; ceux qui voulaient ne se faire que du bien n'agissent plus l'un envers l'autre que de façon autoritaire et impatiente, et dans leur désir d'échapper d'une manière quelconque à cet état intenable, insupportable, de leur confusion, ils commettent la faute la plus grave qui se puisse trouver dans les relations humaines : ils deviennent impatients. Ils se précipitent vers une conclusion, vers une décision qu'ils croient définitive, ils tentent de fixer une fois pour toutes un rapport dont les transformations surprenantes les a remplis d'effroi, afin qu'ils restent "éternellement" - comme ils disent - le même. Ce n'est que la dernière erreur dans cette longue chaîne d'errement accrochés l'un à l'autre. Même ce qui est mort, il est impossible de le retenir définitivement (car cela continue à se décomposer et à se tranformer à sa manière) [...]
Vivre c'est justement se métamorphoser, et les relations humaines, qui sont un concentré de vie, sont ce qu'il y a de plus instable.

Rainer Maria Rilke, extrait d'une lettre à Friedrich Westhoff

jeudi 30 septembre 2010

Est-il possible ?

Est-il possible qu'on ait encore rien vu, reconnu et dit de vivant? Est-il possible qu'on ait eu des millénaires pour observer, réfléchir et écrire, et qu'on ait laissé passer ces millénaires comme une récréation pendant laquelle on mange sa tartine et une pomme ?
Oui c'est possible.

Est-il possible que malgré inventions et progrès, malgré la culture, la religion et la connaissance de l'univers, l'on soit resté à la surface de la vie ? Est-il possible que l'on ait même recouvert cette surface - qui après tout eût encore été quelque chose, -qu'on l'ait recouverte d'une étoffe indiciblement ennuyeuse, qui la fait ressembler à des meubles de salon pendant les vacances d'été?
Oui c'est possible.

Est-il possible que toute l'histoire de l'univers ait été mal comprise ? Est-il possible que l'image du passé soit fausse, parce qu'on a toujours parlé de ses foules comme si l'on ne racontait jamais que des réunions d'hommes, au lieu de parler de celui autour de qui ils s'assemblaient, parce qu'il était étranger ou mourant ?
Oui c'est possible.

Est-il possible que nous croyions devoir rattraper ce qui est arrivé avant que nous soyons nés ? Est-il possible qu'il faille rappeler à tous, l'un après l'autre, qu'ils sont nés des anciens, qu'ils contiennent par conséquent ce passé et qu'ils n'ont rien à apprendre d'autres hommes qui prétendent posséder une connaissance meilleure ou différente ?
Oui c'est possible.

Est-il possible que tous ces gens connaissent parfaitement un passé qui n'a jamais existé ? Est-il possible que toutes les réalités ne soient rien pour eux ; que leur vie se déroule et ne soit attachée à rien, comme une montre oubliée dans une chambre vide ?
Oui c'est possible.

Est-il possible que l'on ne sache rien de toutes les jeunes filles qui vivent cependant ? Est-il possible que l'on dise : "les femmes", "les enfants", "les garçons" et qu'on ne doute pas, malgré toute sa culture, l'on ne se doute pas que ces mots, depuis longtemps, n'ont plus de pluriel, mais n'ont qu'infiniment de singuliers.
Oui c'est possible.

Est-il possible qu'il y ait des gens qui disent "Dieu" et pensent que ce soit là un être qui leur est commun. Vois ces deux écoliers : l'un s'achète un couteau de poche et son voisin, le même jour, s'en achète un identique. Et après une semaine ils se montrent leurs couteaux et il apparaît qu'il n'y a plus entre les deux qu'une lointaine ressemblance, tant a été différent le sort des deux couteaux dans les mains différentes.
"Oui, dit la mère de l'un, s'il faut que vous usiez toujours tout..."
Et encore: est-il possible qu'on croie pouvoir posséder un Dieu sans l'user ?
Oui c'est possible.

Mais si tout cela est possible, si tout cela n'a même qu'un semblant de possibilité, mais alors il faudrait, pour l'amour de tout le monde, il faudrait que quelque chose arrivât.

Rainer Maria Rilke, Les Cahiers de Malte Laurids Brigge

Emancipation...

Si la jeune fille et la femme, dans le nouvel épanouissement qui leur est propre, imitent la manière et les mauvaises habitudes des hommes et reprennent les métiers des hommes, ce ne sera que passager. Une fois passée l'incertitude de ces temps de transition, on verra que les femmes n'auront traversé cette multiplicité et cette succession de déguisements (bien souvent ridicules) qu'afin de purifier leur être le plus propre des influences de l'autre sexe, qui le défiguraient. Les femmes, en qui la vie séjourne et loge avec plus d'immédiateté, de fécondité et de confiance, n'ont pu faire autrement que de devenir des êtres au fond plus mûrs, des humains plus humains que l'homme qui, léger, n'est tiré en-dessous de la surface de la vie par le poids d'aucun fruit de son corps et qui, dans le suffisance et la précipitation, sous-estime ce qu'il croit aimer. Cette humanité de la femme, portée à son terme dans les douleurs et les humiliations, apparaîtra au grand jour lorsque les métamorphose de sa condition extérieure lui auront permis de se dépouiller des conventions qui la réduisent à sa seule féminité, et les hommes, qui ne le sentent pas venir, seront surpris par leur défaite. [...]
Ce progrès transformera (tout à fait contre la volonté des hommes dans un premier temps qui seront dépassés) notre manière de vivre l'amour, plongée aujourd'hui dans un total égarement, il la transformera de fond en comble, en fera une relation comprise comme celle d'un être humain à un être humain, et non plus d'un homme à une femme. Et cet amour plus humain (qui d'accomplira avec infiniment d'égards et de discrétion, où l'on se liera et se déliera dans la bonté et la clarté) ressemblera à celui que nous préparons dans le combat et l'effort, à un amour ne consistant en rien d'autre qu'en deux solitudes qui l'une l'autre se protègent, se circonscrivent et se saluent.

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète

mercredi 29 septembre 2010

Martha's Harbour

I felt safe and sound
But I needed the danger.

Les nomades

Ni la peur de mourir un jour
Dans quelque ville frontalière
Sans tenir la main d'un amour
Ne les arrête sur la terre
Les nomades.

Mon appartement - 29.09.2010

5 mois après le premier message, mon appartement.

Mon appartement ? Plus pour longtemps. Dans 3 mois j'aurai fermé définitivement la porte derrière moi.

L'appartement est plutôt rangé... en apparence...
Derrière les portes des placards, le désordre.

Devant les portes, des cartons et des caisses. Encore empilées les unes sur les autres. Bientôt pleines. C'est le premier signe du changement. Les placards pleins vont se vider et les caisses vides se remplir.
En huit ans l'appartement a pris une forme, une odeur familière. Certains objets n'ont pas bougés depuis des années. L'ordre des livres est familier, l'arrangement des bibelots, le désordre contrôlé des vêtements dans l'armoire de la chambre.

Nous sommes "juste avant". Tout va éclater. Devoir rentrer dans des petites boîtes qui seront parfois rassemblées, parfois séparées.
Mon appartement vibre. il sait que la fin est proche et montre ses plus beaux côtés. Le confort de la familiarité. Savoir quoi est où. Le buit de la clé qui tourne dans la porte, le bruit du réfrigérateur dans la cuisine, les photos, les coupures de journaux d'événements depuis longtemps révolus sur les murs, la sonnerie familière du téléphone.

Dans 3 mois ca sera fini. Il n'y aura plus d'appartement.

mardi 28 septembre 2010

La petite princesse

Ce qu'il y a pour moi d'intéressant dans la figure de Kutchuk Hanem, c'est sa survivance.
Petite tsigane au nom inconnu (Kutchuk Hanem signifie en turc "Petite Princesse". Ce n'était pas son vrai nom mais un surnom ou peut-être même un "nom de scène" qu'elle s'était donné), son art n'est pas destiné à survivre: la danse, comme la musique, s'évanouissent une fois exécutés et contrairement à la littérature ou la peinture qui traversent les siècles inchangés, ces arts éphémères ne survivent plus que par les descriptions que l'on en fait.

Et sans qu'elle n'en sache rien, Kutchuk Hanem a survécu au travers des siècles par ces Européens qu'elle avait rencontrés sans savoir qui ils étaient et pour qui elle avait vendu son corps et sa danse (dans l'illégalité puisqu'au moment où Flaubert la rencontre, elle et les autres tsiganes sont sous le coup d'une interdiction d'exercer)

Le fantôme de Kutchuk réapparait dans de nombreuses oeuvres de Flaubert (Salammbô bien sûr mais aussi Salomé et l'ductaion sentimentale) et influence durablement l'image de la femme orientale et de la danseuse tsigane.

Flaubert a raconté leur rencontre:

« Kuchiuk-Hanem est une courtisane fort célèbre. Quand nous arrivâmes chez elle (il était 2 heures de l'après-midi), elle nous attendait, sa confidente était venue le matin à la cange, escortée d'un mouton familier tout tacheté de henné jaune, avec une muselière de velours noir sur le nez et qui la suivait comme un chien. C'était très farce. Elle sortait du bain. Un grand tarbouch, dont le gland éparpillé lui retombait sur ses larges épaules et qui avait sur son sommet une plaque d'or avec une pierre verte, couvrait le haut de sa tête, dont les cheveux sur le front étaient tressés en tresses minces allant se rattacher à la nuque ; le bas du corps caché par ses immenses pantalons roses, le torse tout nu couvert d'une gaze violette, elle se tenait debout au haut de son escalier, ayant le soleil derrière elle et apparaissant ainsi en plein dans le fond bleu du ciel qui l'entourait. - C'est une impériale bougresse, tétonneuse, viandée, avec des narines fendues, des yeux démesurés, des genoux magnifiques, et qui avait en dansant de crânes plis de chair sur son ventre. Elle a commencé par nous parfumer les mains avec de l'eau de rose. Sa gorge sentait une odeur de térébenthine sucrée. Un triple collier d'or était dessus. On a fait venir les musiciens et l'on a dansé. Sa danse ne vaut pas, à beaucoup près, celle du fameux Hassan dont je t'ai parlé. Mais c'était pourtant bien agréable sous un rapport, et d'un fier style sous l'autre. (...)
Le soir, nous sommes revenus chez Kuchiuk-Hanem. Il y avait 4 femmes danseuses et chanteuses, almées (le mot almée veut dire savante, bas bleu. Comme qui dirait putain, ce qui prouve, Monsieur, que dans tous les pays les femmes de lettres ! ! ! ...). La fête a duré depuis 6 heures jusqu'à 10 heures 1/2, le tout entremêlé de coups pendant les entractes. Deux joueurs de rebeks assis par terre ne discontinuaient pas de faire crier leur instrument. Quand Kuchiuk s'est déshabillée pour danser, on leur a descendu sur les yeux un pli de leur turban afin qu'ils ne vissent rien. Cette pudeur nous a fait un effet effrayant. Je t'épargne toute description de danse ; ce serait raté. Il faut vous l'exposer par des gestes, pour vous le faire comprendre, et encore ! j'en doute.
Quand il a fallu partir, je ne suis pas parti. Kuchiuk ne se souciait guère de nous garder la nuit chez elle, de peur des voleurs qui auraient pu venir, sachant qu'il y avait des étrangers dans sa maison. Maxime est resté tout seul sur un divan, et moi je suis descendu au rez-de-chaussée dans la chambre de Kuchiuk. Nous nous sommes couchés sur son lit fait de cannes de palmier. Une mèche brûlait dans une lampe de forme antique suspendue à la muraille. Dans une pièce voisine, les gardes causaient à voix basse avec la servante, négresse d'Abyssinie qui portait sur les deux bras des traces de peste. Son petit chien dormait sur ma veste de soie.
Je l'ai sucée avec rage ; son corps était en sueur, elle était fatiguée d'avoir dansé, elle avait froid. - Je l'ai couverte de ma pelisse de fourrure, et elle s'est endormie, les doigts passés dans les miens. Pour moi, je n'ai guère fermé l'oeil. J'ai passé la nuit dans des intensités rêveuses infinies. C'est pour cela que j'étais resté. En contemplant dormir cette belle créature qui ronflait la tête appuyée sur mon bras, je pensais à mes nuits de bordel à Paris, à un tas de vieux souvenirs... et à celle-là, à sa danse, à sa voix qui chantait des chansons sans signification ni mots distinguables pour moi. Cela a duré ainsi toute la nuit. A 3 heures je me suis levé pour aller pisser dans la rue ; les étoiles brillaient. Le ciel était clair et très haut. Elle s'est réveillée, a été chercher un pot de charbon et pendant une heure s'est chauffée, accroupie autour, puis est revenue se coucher et se rendormir. Quant aux coups, ils ont été bons. Le 3e surtout a été féroce, et le dernier sentimental. Nous nous sommes dit là beaucoup de choses tendres, nous nous serrâmes vers la fin d'une façon triste et amoureuse.»

dimanche 22 août 2010

Lucky Day

Time itself is frozen
Somewhere a telephone is ringing
Is it for me ?
There IS a voice there
and it's one I've heard before.

Could have been a dream -- or at least
Another place, another time.

Perhaps we can rendez-vous?
Put a name to a face
Or a face to a name?
But already I know what it is he has to say:

"Only by leaving can you truly arrive
HAVE A NICE DAY !"

(Sa DingDing - Lucky day)

mercredi 7 juillet 2010

Une gitane longue et souple tournait et tournait devant les hommes étonnés. Sa peau était de braise et son regard de feu, elle était belle à desespérer le diable. C'était comme une flamme qui dansait sous le ciel. Au sol, un petit chien gris, son étrange partenaire, exécutait des figures acrobatiques, sautant par-dessus ses chevilles, roulant sous ses pieds ; mais personne ne regardait l'animal, tous n'avaient d'yeux que pour elle, pour ses jambes brunes, racées, nerveuses, son mollet haut. D'un geste violent, comme sous l'effet d'une possession, elle saisit à deux mains jupes et jupons, les froissa, les broya, semblant lutter contre une force obscure et puissante qui brûlait son corps ; et elle frappait le sol de ses pieds nus, son corps se tendait sous chaque coup, comme si elle voulait rejeter dans la terre cette douleur qui l'habitait. Alors elle éleva les bras, les castagnettes claquèrent, la tête tournait d'un côté, puis de l'autre, ses cheveux fous lui couvraient le visage, et, sans jamais regarder ni quelqu'un ni quelque chose, mais les yeux perdus dans sa transe, elle invoqua le ciel. Sous se bras, une toison noire et luisante fit rougir les femmes de honte et les hommes de désir, et sa transe en évoquatit d'autres, car par là c'était tout son cops nu qu'elle révélait, un être de chair, d epoil t de sueuer, un corps moite et fougueux, fait pour l'amour. La danse l'emportait, elle tournait, tournait toujours ; le chien, épuisé, la regardait, haletant, le sgorges se serraient, la gitane tournoyait. Soudain, elle se recroquevilla, la tête entre les genoux, ses cheveux touchant le sol. Elle resta immobile, ainsi, un instant, et chacun se demandait ce qui allait arriver, mais elle se déplia lentement et salua noblement. C'était une autre femme, calme, hautaine, sans trace d'essoufflement, d'effort ou de fatigue. Quelques applaudissements timides troublèrent le silence.

Gaspard, sans réflléchir, enjamba les rubans qu'elle avait disposé sur le sol pour marquer son territoire, la saisit par le bras et lui dit à l'oreille :
-- Viens avec moi je te veux.
Elle se débarassa de son étreinte d'un geste sec et partit tranquillement faire la quête avec son tambourin. Quand elle repassa près de lui, il tendit une bourse pleine d'or. Elle la prit, en tira une pièce, et lui rendit sa bourse.

Il s'approcha encore et répéta sourdement :
-- Viens avec moi, je te veux.
Elle glissa vers lui, le contempla ; elle regarda sa bouche, qu'il avait belle, ses cheveux, d'un noir profond, ses sourcils si fin, le cou pâle et puissant, puis les yeux de nouveau et, avant qu'il ait eu le temps de comprendre, le gifla violemment.

La Secte des Egoistes, E.E. Schmitt

mercredi 9 juin 2010

La Muse de mauvaise réputation

"Sans entrer dans la théorie, la seule présence du "matériau" corps offre des occasions de rêverie que les autres disciplines artistiques ne procurent pas. La force et la présence du corps imposent ce que j'aime à appeler l'impudeur naive des danseurs. Contrairement aux musiciens, aux chanteurs, aux comédiens qui sont souvent embarassés de leur carcasse au moment d'interpréter "l'oeuvre", le danseur fait littéralement corps avec elle et il ne peut pas faire autrement.
Il est superbe de suivre ainsi l'essouflement qui gagne et la passion qui transcende, au point que l'on ne sait plus départir ce qui dans la chair qu'un respiration forte soulève, relève d'une simple fatigue sportive d'une excitation aux causes plus troublantes. Grâce à cette confusion entre le don du corps à l'art dans une transe sublime et le désordre d'un désir lubrique, la danse laisse toujours planer une sorte d'ambiguité merveilleuse. [...] Le trouble et l'ambiguité sont d'autant plus fort que la gestuelle de l'orgasme féminin possède cet excès du mouvement. [...] La gestuelle de l'orgasme, entre cambrure et ptose, possède une expressivité extrême aussi dépourvue de mots que d'ambiguité. [...]

Certes il y a une différence entre jouir et danser, comme il y a une part de simulation dans la passion de la danse qui permet à l'artiste de continuer à être artiste tout en paraissant au pinacle de l'abandon de soi. Et cette maîtrise autant de cette duplicité -- celle de tout artiste -- n'a sans doute pas été sans effet sur la réputation plutôt exécrable de la danseuse. Celle-ci passant volontiers pour experte, autant de l'amour que de la simulation de l'amour, pour cause de proximité entre son art et les images de l'orgasme."

Philippe Verrièle, la Muse de mauvaise réputation (page 19-22)

mardi 18 mai 2010

I'm free

Free like the river
Flowin' freely through infinity
Free to be sure of
What I am and who I need not be
Free from all worries
Worries prey on oneself's troubled mind
Freer than the clock's hands
Tickin' way the times
Freer than the meaning of free that man defines
Life running through me
Till I feel my father God has called

Me having nothin'
But possessing riches more than all
And I'm free
To be nowhere
But in every place I need to be
Freer than a sunbeam
Shinning through my soul
Free from feelin' heat or knowing bitter cold
Free from conceiving the beginning
For that's the infinite start

I'm gone - gone but still living
Life goes on without a beating heart

Free like a vision
That the mind of only you can see

Freer than a raindrop
Falling from the sky
Freer than a smile in a baby's sleepin' eyes

I'm free like a river
Flowin' freely to infinity
I'm free to be sure of what
I am and who I need not be
I'm much freer - like the meaning of the word free that
crazy man defines
Free - free like the vision that
The mind of only you are ever gonna see
Free like the river my life
Goes on and on through infinity


Question

Et si le propre de l'oeuvre d'art n'était pas d'avoir quelque chose à dire (comme on le croit généralement), mais quelque chose à nous faire dire ?

samedi 15 mai 2010

Sagi Musume - La jeune fille- héron

Classique du théâtre kabuki, ce morceau heureusement disponible dans une version commentée m'a enfin ouvert les portes de la danse japonaise il y a deux ans. La fin en particulier m'avait particulièrement impressionnée.

Dansé ici par l'admirable Tamasaburo Bando.






mardi 11 mai 2010

We have come to be danced

We have come to be danced
Not the pretty dance
Not the pretty pretty, pick me, pick me dance
But the claw our way back into the belly
Of the sacred, sensual animal dance
The unhinged, unplugged, cat is out of its box dance
The holding the precious moment in the palms
Of our hands and feet dance.

We have come to be danced
Not the jiffy booby, shake your booty for him dance
But the wring the sadness from our skin dance
The blow the chip off our shoulder dance.
The slap the apology from our posture dance.

We have come to be danced
Not the monkey see, monkey do dance
One two dance like you
One two three, dance like me dance
But the grave robber, tomb stalker
Tearing scabs and scars open dance
The rub the rhythm raw against our soul dance.

We have come to be danced
Not the nice, invisible, self-conscious shuffle
But the matted hair flying, voodoo mama
Shaman shaking ancient bones dance
The strip us from our casings, return our wings
Sharpen our claws and tongues dance
The shed dead cells and slip into
The luminous skin of love dance.

We have come to be danced
Not the hold our breath and wallow in the shallow end of the floor dance
But the meeting of the trinity: the body, breath and beat dance
The shout hallelujah from the top of our thighs dance
The mother may I?
Yes you may take ten giant leaps dance
The olly olly oxen free free free dance
The everyone can come to our heaven dance.
We have come to be danced Where the kingdoms collide In the cathedral of flesh
To burn back into the light To unravel, to play, to fly, to pray
To root in skin sanctuary
We have come to be danced! We have come.

Jewel Mathieson This Dance: A Poultice of Poems

mercredi 5 mai 2010

Les endroits vides (1)

Les endroits vides dans les hautes herbes, voilà
ce que j'ai toujours voulu, être un endroit
vide pour quelqu'un, pour rester.

Rutger Kopland Souvenirs de l'inconnu

dimanche 2 mai 2010

Aussi libre que moi



Tu peux venir te poser sur moi,
Je ne veux rien t'imposer
Reste aussi longtemps que tu voudras,
Si le voyage à mes côtés,
Peut simplement te garder

Aussi libre que moi
Aussi libre que moi
Aussi libre qu'on soit
Si tu es comme je crois,
Aussi libre que moi

N'ai pas à craindre de me bouleverser,
Ce qui pourrait arriver
Je te laisserai sur ma peau
Te tatouer,
A mon anneau t'accrocher,
Et sans barreau te garder


Ne résiste pas à cette envie,
Viens contre tout, contre moi
T'engager comme avec toi je le suis,
Sans garde-fou et rester,
J'ai fais le voeux de te garder

Aussi libre que moi
Si tu es comme je crois,
Aussi libre que moi


Aussi libre que moi
Aussi libre que moi

samedi 1 mai 2010

Pourquoi tu danses ?

Ca tombe bien. Je voulais écrire un article sur le sujet et par coincidence, quelqu'un dans un forum de danse orientale allemand a commencé un fil sur le même sujet, assorti d'un sondage, donc de propositions qui vont m'aider à structurer ma pensée.

La question est donc: Pourquoi tu danses? Qu'est-ce qui t'intéresse dans la danse orientale
(question faussée d'ailleurs car on se fiche bien de la forme. la danse c'est la danse... je pense d'ailleurs que la danseuse qui a posé la question le sait, mais il faut s'adapter à son public parfois...)

Allons-y:

-Je veux danser avec d'autres, faire partie d'un groupe
Clairement non. Ca n'a jamais été ni mon but ni ma motivation. Je préfère être seule.

-Rencontrer de nouvelles personnes
Non plus. C'est quelques chose que j'aime dans l'enseignement en revanche mais c'est un autre domaine.

-pour perdre du poids / me muscler
Ce n'est pas pour ca que je danse même si le résultat est là. Surtout depuis que je suis les cours de danse classique, moderne ansi que ceux de musculation, mon corps a indéniablement changé. Mais c'est l'entraînement qui fait ca. Pas la danse en elle-même.

-pour être célèbre / être la meilleure
Soyons honnêtes. Nous aimons tous être le ou la meilleur(e). C'est flatteur. Personne ne cracheait non plus sur la célébrité, quoiqu'ils en disent, puisqu'elle apporte avec elle une reconnaissance (bien superficielle parfois je le concède) dont beaucoup ont besoin.
En ce qui me concerne, je ne danse pas pour être la meilleure mais ca fait toujours plaisir de l'être...

-pour gagner de l'argent
Là non plus, même si je n'ai pas commencé la danse pour gagner des millions, maintenant que c'est devenu mon métier il faut se rendre à l'évidence. Alors, non, ce n'est pas ce qui me pousse à danser mais malgré tout, c'est ma seule source de revenus...

-pour exprimer mes sentiments / communiquer sans mots / faire passer un message
Voilà déjà une proposition qui se rapproche déjà plus. A peine sortie de mes premiers cours de danse orientale, il y a 7 ans de cela, c'était mon but et la raison de ma danse: faire passer des messages, exprimer mes sentiments. J'ai l'impression que c'était la deuxième phase, celle qui venait pour moi après la découverte technique de la danse.
Aujourd'hui, je pense que je suis en train de quitter cette phase. J'y ai encore un pied, mais l'autre est ailleurs. Car je ne veux plus exprimer MES sentiments ou MES idées, mais celles des autres. Par là, je veux dire, celles des personnes assises en face de moi au moment où je danse. Cette pensée, ce changement, je la dois à un professeur en particulier qui, sans que je m'en apercoive de prime abord, m'a inculqué une nouvelle facon de voir la danse.
Je souhaiterai revenir là-dessus dans un billet séparé.

-je le fais pour moi simplement
Oui et non. Si on ne le fait pas pour soi d'abord ce n'est pas la peine. Mais je le fais aussi et ensuite pour d'autres.

-je veux me développer personnellement
Non je ne veux pas. Cela arrive.

-faire des spectacles / montrer ce que j'ai appris / me confronter au public
Ma première motivation certainement ! Depuis je cours moins après la scène, ou d'une manière différente en tout cas. Il ne s'agit plus de "montrer", d'être "la meilleure" mais de partager quelque chose.

-parce que j'aime la culture orientale
Non. J'ai découvert la culture orientale par la danse orientale. Comme maintenant de toute façon j'ai quasiment arrêté la danse orientale sur scène, je ne m'intéresse pas plus à la culture orientale qu'à d'autres.

-Pour créer de beaux mouvements et des belles poses
Non plus. L'esthétisme "extérieur" ne présente aucun intêret s'il ne reflète pas une disposition intérieure.

-pour le challenge / la compétition
Non, bien que ce soit toujours quelque chose de motivant. Non pas pour se mesurer aux autres, mais à soi-même.


Au final, il manque ici ma propre réponse. Celle que je ne donne pas souvent (lui préférant un vague "pour exprimer mes sentiments") par pudeur peut-être mais aussi par crainte d'une mauvaise interprétation qu'il me faudrait corriger et discuter (et je n'en ai pas envie).

Je danse parce que je dois danser.

Non pas le devoir de l'utilitaire ou celui de la résignation, Mais celui du poète allemand Rainer Maria Rilke: "Explorez le fond qui vous enjoint d'écrire [de danser] ; vérifiez s'il étend ses racines jusqu'à l'endroit le plus profond de votre coeur, répondez franchement à la question de savoir si dans le cas où il vous serait refusé [de danser] il vous faudrait mourir".

Oui.

mercredi 28 avril 2010

What does it feel like, when you're dancing?


"Dunno... Sort of feels good... Once it gets going, I forget everything. And, I sort of disappear, like I feel a change in me own body, there's like fire in me body... I'm just there... Flying...Like a bird... " (Billy Elliott)

Une des réponses les plus célèbres à une question qui m'est parfois posée. Pas aussi souvent que l'on croit. On préfère savoir si je gagne ma vie avec la danse. Peu s'intéressent finalement au sentiment artistique. Je ne crois pas qu'il s'agisse de pudeur, la plupart des gens en manque de nos jours. Toujours dans la lignée de l'utilitaire, les gens se fichent de savoir au fond pourquoi on danse et ce qu'on ressent.

Moi-même je ne me suis pas interrogée pendant longtemps. La sensation est tellement naturelle et évidente qu'il n'y a d'ailleurs pas matière à s'interroger.

Mais parfois, pour quelqu'un qui le demande, il faut mettre des mots sur ce que l'on ressent.
Billy Elliott se sent there, flying.
Ce nest pas mon cas.
Je ne me retrouve pas dans ces métaphores.

Je lui préfère celle du Chaos. Dans le sens originel grec de "trou béant", "abîme". Celui où tout commence et tout finit. Ce qui est "grand ouvert".
Dans ce trou il y a à la fois tout et rien. Tout y est possible.
Le public s'approche de moi, de l'abîme, attiré par sa profondeur, par le néant et le tout, pour y risquer un coup d'oeil ou pour s' agenouiller au bord pendant un instant.

Ce n'est pas moi qui décide. Ce sont les gens qui viennent, aussi près et aussi longtemps qu'ils le souhaitent.

Je ne suis pas moi, "pleinement moi" comme me l'ont dit d'autres danseuses. je ne suis rien, je suis le Chaos, la chamane qui ouvre les portes de l'autre monde, celui de l'intérieur et de l'indiscible et qui tend le miroir dans lequel le public devra se regarder, quoi qu'il lui en coûte parfois.

Mon appartement -28.04.2010

C'est un lieu commun que de dire qu'un appartement ressemble à celui qui l'habite. Alors plutôt que d'essayer de dire comment je vais (tâche qui serait bien fastidieuse), je préfère décrire l'état de mon appartement.

28.04.2010, veille du spectacle annuel

Suis rentrée il y a à peine une semaine de voyage à l'étranger. La valise encore posée au mileu du salon semble avoir explosé. Je continue à y prendre des vêtements propres que j'ai ramenés. Je n'ai encore rien rangé. Il me faut enjamber la grosse valise chaque fois que je traverse mon petit salon pour m'asseoir comme maintenant devant l'ordinateur. Devant moi des tas de papiers qu'on ne peut plus dire empilés: calendrier, factures d'impression des flyers du spectacle, CDs, bijoux retirés à la va-vite un soir, verres et tasses vides, aspirine et calculette. Répartis dans tout le salon, sur la canapé, sur les chaises, sur toutes les surfaces disponibles: des costumes, jupes de toutes les couleurs, mon manteau, des soutien-gorges côtoient des piles de livres hétéroclites que j'ai ramenés de France (Alice au Pays des Merveilles, Vers la féminisation, Mainstream et bien d'autres). Le tout saupoudré de plumes noires duveteuses, soeurs de celles cousues hier sur un costume. Par terre, encore des CDs, encore des livres, encore des bijoux retirés rapidement et laissés pour compte sur des tapis que je n'ai pas aspirés depuis mon départ pour l'étranger il y a presque un moi.

Cuisine: un écosystème va se développer dans l'évier, il ne manque que les verres ui sont restés dans le salon pour que la vaisselle soit complète. Mon alimentation se limite pour le moment au pain, d'où les miettes qui jonchent chaque coin de la table, et aux pâtes. Sur les chaises: des costumes, des sacs, comme dans la

Chambre: en plus des costumes, les vêtements retirés hâtivement le soir traînent par terre et semblent aussi épuisés que celle qui les a porté. La couette du lit n'est même plus rabattue à sa place et dans des caisses, j'avais avant mon départ placé des vêtements dont je ne sais plus s'ils sont sales (à laver) ou propres (à repasser). Avec la couche de poussière qui a recouvert l'ensemble des éléments, la décision sera vite prise de toute façon, au moment où il faudra la prendre.

Il n'y a que ma salle de bains qui échappe au chaos ambiant apparemment, si on exclut le sol pas lavé et la poubelle non vidée.

Demain dernier jour de chaos, vendredi matin ce sera le grand ménage de printemps...

lundi 26 avril 2010

Cantique des Cantiques


Le Cantique des Cantiques reste mon poème d'amour préféré, celui qui me touche le plus et celui qui correspond à ma propre conception.

Un amour sensuel, tourné autant vers soi que vers l'autre qui est l'Amant ou le Frère, mais pas le mari.

Le plaisir charnel et la volupté sont indissociables des sentiments d'amour éprouvés. Bref un poème où on "fait l'amour", loin de ce que nous livrent les magazines féminins d'aujourd'hui...

Chapitre 1
  1. ’’Cantique des cantiques, de Salomon.’’

  2. Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
    Car ton amour vaut mieux que le vin,
  3. tes parfums ont une odeur suave ;
    ton nom est un parfum qui se répand ;
    c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

  4. Entraîne-moi après toi !
    Nous courrons !
    Le roi m’introduit dans ses appartements...
    Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi ;
    nous célébrerons ton amour plus que le vin.
    C’est avec raison que l’on t’aime.

  5. Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem,
    comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.
  6. Ne prenez pas garde à mon teint noir :
    C’est le soleil qui m’a brûlée.
    Les fils de ma mère se sont irrités contre moi,
    ils m’ont faite gardienne des vignes.
    Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée.

  7. Dis-moi, ô toi que mon cœur aime,
    où tu fais paître tes brebis,
    où tu les fais reposer à midi ;
    car pourquoi serais-je comme une égarée
    près des troupeaux de tes compagnons ?

  8. Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes,
    sors sur les traces des brebis,
    et fais paître tes chevreaux
    près des demeures des bergers.

  9. À ma jument qu’on attelle aux chars de Pharaon
    je te compare, ô mon amie.
  10. Tes joues sont belles au milieu des colliers,
    ton cou est beau au milieu des rangées de perles.
  11. Nous te ferons des colliers d’or,
    avec des points d’argent.

  12. - Tandis que le roi est dans son entourage,
    mon nard exhale son parfum.
  13. Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe,
    qui repose entre mes seins.
  14. Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troëne
    des vignes d’En-Guédi.

  15. - Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
    Tes yeux sont des colombes.

  16. - Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable !
    Notre lit, c’est la verdure.

  17. - Les solives de nos maisons sont des cèdres,
    nos lambris sont des cyprès.
Chapitre 2

  1. - Je suis un narcisse de Saron,
    un lis des vallées.
  2. - Comme un lis au milieu des épines,
    telle est mon amie parmi les jeunes filles.

  3. - Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
    tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
    J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
    et son fruit est doux à mon palais.
  4. Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
    et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.
  5. Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
    fortifiez-moi avec des pommes ;
    car je suis malade d’amour.

  6. Que sa main gauche soit sous ma tête,
    et que sa droite m’embrasse !

  7. - Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    par les gazelles et les biches des champs,
    ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
    avant qu’elle le veuille.

  8. C’est la voix de mon bien-aimé !
    Le voici, il vient,
    sautant sur les montagnes,
    bondissant sur les collines.
  9. Mon bien-aimé est semblable à la gazelle
    ou au faon des biches.

    Le voici, il est derrière notre mur,
    il regarde par la fenêtre,
    il regarde par le treillis.

  10. Mon bien-aimé parle et me dit :
    Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
  11. Car voici, l’hiver est passé ;
    la pluie a cessé, elle s’en est allée.
  12. Les fleurs paraissent sur la terre,
    le temps de chanter est arrivé,
    et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.
  13. Le figuier embaume ses fruits,
    et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
    Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

  14. Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
    qui te caches dans les parois escarpées,
    fais-moi voir ta figure,
    fais-moi entendre ta voix ;
    car ta voix est douce, et ta figure est agréable.

  15. Prenez-nous les renards,
    les petits renards qui ravagent les vignes ;
    car nos vignes sont en fleur.

  16. Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui ;
    il fait paître son troupeau parmi les lis.

  17. Avant que le jour se rafraîchisse,
    et que les ombres fuient,
    reviens !... sois semblable, mon bien-aimé,
    à la gazelle ou au faon des biches,
    sur les montagnes qui nous séparent.
Chapitre 3

  1. Sur ma couche, pendant les nuits,
    j’ai cherché celui que mon cœur aime ;
    je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé...
  2. Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville,
    dans les rues et sur les places ;
    je chercherai celui que mon cœur aime...
    Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé.

  3. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée :
    Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?

  4. À peine les avais-je passés,
    que j’ai trouvé celui que mon cœur aime ;
    je l’ai saisi, et je ne l’ai point lâché
    jusqu’à ce que je l’aie amené dans la maison de ma mère,
    dans la chambre de celle qui m’a conçue.

  5. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    par les gazelles et les biches des champs,
    ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
    avant qu’elle le veuille.

  6. Qui est celle qui monte du désert,
    comme des colonnes de fumée,
    au milieu des vapeurs de myrrhe et d’encens
    et de tous les aromates des marchands ?

  7. Voici la litière de Salomon,
    et autour d’elle soixante vaillants hommes,
    des plus vaillants d’Israël.
  8. Tous sont armés de l’épée,
    sont exercés au combat ;
    chacun porte l’épée sur sa hanche,
    en vue des alarmes nocturnes.

  9. Le roi Salomon s’est fait une litière
    de bois du Liban.
  10. Il en a fait les colonnes d’argent,
    le dossier d’or,
    le siège de pourpre ;
    au milieu est une broderie, œuvre d’amour
    des filles de Jérusalem.

  11. Sortez, filles de Sion, regardez
    le roi Salomon,
    avec la couronne dont sa mère l’a couronné
    le jour de ses fiançailles,
    le jour de la joie de son cœur.
Chapitre 4

  1. Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
    Tes yeux sont des colombes,
    derrière ton voile.
    Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
    suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.
  2. Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues,
    qui remontent de l’abreuvoir ;
    toutes portent des jumeaux,
    aucune d’elles n’est stérile.
  3. Tes lèvres sont comme un fil cramoisi,
    et ta bouche est charmante ;
    ta joue est comme une moitié de grenade,
    derrière ton voile.
  4. Ton cou est comme la tour de David,
    bâtie pour être un arsenal ;
    mille boucliers y sont suspendus,
    tous les boucliers des héros.
  5. Tes deux seins sont comme deux faons,
    comme les jumeaux d’une gazelle,
    qui paissent au milieu des lis.

  6. Avant que le jour se rafraîchisse,
    et que les ombres fuient,
    j’irai à la montagne de la myrrhe
    et à la colline de l’encens.

  7. Tu es toute belle, mon amie,
    et il n’y a point en toi de défaut.

  8. Viens avec moi du Liban, ma fiancée,
    viens avec moi du Liban !
    Regarde du sommet de l’Amana,
    du sommet du Senir et de l’Hermon,
    des tanières des lions,
    des montagnes des léopards.

  9. Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée,
    tu me ravis le cœur par l’un de tes regards,
    par l’un des colliers de ton cou.
  10. Que de charmes dans ton amour, ma sœur, ma fiancée !
    Comme ton amour vaut mieux que le vin,
    et combien tes parfums sont plus suaves que tous les aromates !
  11. Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ;
    il y a sous ta langue du miel et du lait,
    et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban.

  12. Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
    une source fermée, une fontaine scellée.
  13. Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers,
    avec les fruits les plus excellents,
    les troënes avec le nard ;
  14. Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome,
    avec tous les arbres qui donnent l’encens ;
    la myrrhe et l’aloès,
    avec tous les principaux aromates ;
  15. Une fontaine des jardins,
    une source d’eaux vives,
    des ruisseaux du Liban.

  16. Lève-toi, aquilon ! viens, autan !
    Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s’en exhalent !
    Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
    et qu’il mange de ses fruits excellents !
Chapitre 5

  1. J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée ;
    je cueille ma myrrhe avec mes aromates,
    je mange mon rayon de miel avec mon miel,
    je bois mon vin avec mon lait...

    Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour !

  2. J’étais endormie, mais mon cœur veillait...
    C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe :
    Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,
    ma colombe, ma parfaite !
    Car ma tête est couverte de rosée,
    mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit.

  3. - J’ai ôté ma tunique ; comment la remettrais-je ?
    J’ai lavé mes pieds ; comment les salirais-je ?
  4. Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre,
    et mes entrailles se sont émues pour lui.
  5. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé ;
    et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
    de mes doigts, la myrrhe répandue
    sur la poignée du verrou.

  6. J’ai ouvert à mon bien-aimé ;
    mais mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu.
    J’étais hors de moi, quand il me parlait.
    Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ;
    je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu.
  7. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée ;
    ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ;
    ils m’ont enlevé mon voile, les gardes des murs.

  8. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    si vous trouvez mon bien-aimé,
    que lui direz-vous ?...
    Que je suis malade d’amour.

  9. Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
    ô la plus belle des femmes ?
    Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
    pour que tu nous conjures ainsi ?

  10. Mon bien-aimé est blanc et vermeil ;
    il se distingue entre dix mille.
  11. Sa tête est de l’or pur ;
    ses boucles sont flottantes,
    noires comme le corbeau.
  12. Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux,
    se baignant dans le lait,
    reposant au sein de l’abondance.
  13. Ses joues sont comme un parterre d’aromates,
    une couche de plantes odorantes ;
    ses lèvres sont des lis,
    d’où découle la myrrhe.
  14. Ses mains sont des anneaux d’or,
    garnis de chrysolithes ;
    son corps est de l’ivoire poli,
    couvert de saphirs ;
  15. Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc,
    posées sur des bases d’or pur.
    Son aspect est comme le Liban,
    distingué comme les cèdres.
  16. Son palais n’est que douceur,
    et toute sa personne est pleine de charme.
    Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami,
    filles de Jérusalem !

Chapitre 6

  1. Où est allé ton bien-aimé,
    ô la plus belle des femmes ?
    De quel côté ton bien-aimé s’est-il dirigé ?
    Nous le chercherons avec toi.

  2. Mon bien-aimé est descendu à son jardin,
    au parterre d’aromates,
    pour faire paître son troupeau dans les jardins,
    et pour cueillir des lis.
  3. Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi ;
    il fait paître son troupeau parmi les lis.

  4. Tu es belle, mon amie, comme Thirtsa,
    agréable comme Jérusalem,
    mais terrible comme des troupes sous leurs bannières.
  5. Détourne de moi tes yeux, car ils me troublent.
    Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
    suspendues aux flancs de Galaad.
  6. Tes dents sont comme un troupeau de brebis,
    qui remontent de l’abreuvoir ;
    toutes portent des jumeaux,
    aucune d’elles n’est stérile.
  7. Ta joue est comme une moitié de grenade,
    derrière ton voile...

  8. Il y a soixante reines, quatre-vingts concubines,
    et des jeunes filles sans nombre.
  9. Une seule est ma colombe, ma parfaite ;
    elle est l’unique de sa mère,
    la préférée de celle qui lui donna le jour.
    Les jeunes filles la voient, et la disent heureuse ;
    les reines et les concubines aussi, et elles la louent.
  10. Qui est celle qui apparaît comme l’aurore,
    belle comme la lune, pure comme le soleil,
    mais terrible comme des troupes sous leurs bannières ?

  11. Je suis descendue au jardin des noyers,
    pour voir la verdure de la vallée,
    pour voir si la vigne pousse,
    si les grenadiers fleurissent.
  12. Je ne sais, mais mon désir m’a rendue semblable
    aux chars de mon noble peuple.

Chapitre 7

  1. Reviens, reviens, Sulamithe !
    Reviens, reviens, afin que nous te regardions.
    Qu’avez-vous à regarder la Sulamithe
    comme une danse de deux chœurs ?

  2. Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince !
    Les contours de ta hanche sont comme des colliers,
    œuvre des mains d’un artiste.
  3. Ton sein est une coupe arrondie,
    Où le vin parfumé ne manque pas ;
    ton corps est un tas de froment,
    entouré de lis.
  4. Tes deux seins sont comme deux faons,
    comme les jumeaux d’une gazelle.
  5. Ton cou est comme une tour d’ivoire ;
    tes yeux sont comme les étangs de Hesbon,
    près de la porte de Bath-Rabbim ;
    ton nez est comme la tour du Liban,
    qui regarde du côté de Damas.
  6. Ta tête est élevée comme le Carmel,
    et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre ;
    un roi est enchaîné par des boucles !...

  7. Que tu es belle, que tu es agréable,
    ô mon amour, au milieu des délices !
  8. Ta taille ressemble au palmier,
    et tes seins à des grappes.
  9. Je me dis : Je monterai sur le palmier,
    j’en saisirai les rameaux !
    Que tes seins soient comme les grappes de la vigne,
    le parfum de ton souffle comme celui des pommes,
  10. et ta bouche comme un vin excellent,...

    Qui coule aisément pour mon bien-aimé,
    et glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment !
  11. Je suis à mon bien-aimé,
    et ses désirs se portent vers moi.

  12. Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs,
    demeurons dans les villages !
  13. Dès le matin nous irons aux vignes,
    nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s’ouvre,
    si les grenadiers fleurissent.
    Là je te donnerai mon amour.
  14. Les mandragores répandent leur parfum,
    et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits,
    nouveaux et anciens :
    Mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi.

Chapitre 8

Oh ! que n’es-tu mon frère,
  1. allaité des mamelles de ma mère !
    Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais,
    et l’on ne me mépriserait pas.
  2. Je veux te conduire, t’amener à la maison de ma mère ;
    tu me donneras tes instructions,
    et je te ferai boire du vin parfumé,
    du moût de mes grenades.

  3. Que sa main gauche soit sous ma tête,
    et que sa droite m’embrasse !

  4. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
    avant qu’elle le veuille.

  5. Qui est celle qui monte du désert,
    appuyée sur son bien-aimé ?

    Je t’ai réveillée sous le pommier ;
    là ta mère t’a enfantée,
    c’est là qu’elle t’a enfantée, qu’elle t’a donné le jour.

  6. Mets-moi comme un sceau sur ton cœur,
    comme un sceau sur ton bras ;
    car l’amour est fort comme la mort,
    la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ;
    ses ardeurs sont des ardeurs de feu,
    une flamme de l’Éternel.
  7. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour,
    et les fleuves ne le submergeraient pas ;
    quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour,
    il ne s’attirerait que le mépris.

  8. Nous avons une petite sœur, qui n’a point encore de mamelles ; que ferons-nous de notre sœur, le jour où on la recherchera ?
  9. - Si elle est un mur, nous bâtirons sur elle des créneaux d’argent ; si elle est une porte, nous la fermerons avec une planche de cèdre.
  10. - Je suis un mur, et mes seins sont comme des tours ; j’ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix.

  11. Salomon avait une vigne à Baal-Hamon ; il remit la vigne à des gardiens ; chacun apportait pour son fruit mille sicles d’argent.
  12. Ma vigne, qui est à moi, je la garde. À toi, Salomon, les mille sicles, et deux cents à ceux qui gardent le fruit !

  13. Habitante des jardins ! Des amis prêtent l’oreille à ta voix. Daigne me la faire entendre
  1. Fuis, mon bien-aimé !
    Sois semblable à la gazelle
    ou au faon des biches,
    sur les montagnes des aromates !





Illustration: Cantique des Cantiques de Marc Chagall (1960)

dimanche 25 avril 2010

Lovecraft


Almost nobody dances sober, unless they happen to be insane. (H.P. Lovecraft)
Men of broader intellect know that there is no sharp distinction betwixt the real and the unreal... (H.P. Lovecraft)

vendredi 23 avril 2010

Où danser ?

Beaucoup de mes consoeurs, surtout celles qui pratiquent la danse classique ou contemporaine, ne connaissent que la scène du théâtre pour s'exprimer, la Scène avec un grand S, celle des lumières, des loges, des coulisses, du public assis et généralement bienveillant.

Longtemps je leur ai envié cette scène. Moi qui n'avait que les fêtes d'anniversaire privées avec leur équipement inadapté, je déchiquetais mes pieds sur des terrasses en bétons tandis que mes conseurs du classique s'envolaient sur les planches. Je devais me changer dans les toilettes pendant qu'elles avaient des loges. Ou alors je me produisais dans des bars à chichas où, bien qu'il y eût quelques beaux moments (je ne le nie pas), le public ne manifestait pas plus d'intêret pour mes morceaux que pour les décors kitschs égyptiens qui recouvraient les murs.

Puis est venue la Scène, de plus en plus belle. Et avec elle la possibilité d'exprimer plus, d'exprimer mieux.
Je ne voudrais plus l'abandonner aujourd'hui mais mon enthousiasme d'avant se teinte de questions.

- Depuis que je participe à des festivals de danse contemporaine, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la scéne, j'ai dû admettre que le public était différent de ce que j'imaginais. Ce ne sont pas toujours les gens amoureux d'art que j'imaginais, qui paient pour voir quelque chose de spécial, culturel, artistique etc. ce sont souvent des gens qui se croient meilleurs et plus intellectuels que les autres car ils vont voir de la danse, danse de surcroît intellectualisée par les artistes... Et tout ce petit monde d'interpréter les morceaux à la fin du spectacle tout en se félicitant de leur esprit undergroud et d'avant-garde...
Tableau similaire au théâtre où les gens sont plutôt là pour se montrer en grand amoureux de la culture classique. Ils sont aussi alertes à l'entracte avec leur verre de champagne qu'endormis dès l'ouverture de l'acte 2 du Lac des Cygnes.

-J'ai également remarqué que certains artistes profitaient de la scène pour se cacher. Cela peut sembler paradoxal mais c'est vraiment le cas. Pour ceux qui ne se sont jamais retrouvé sous les projecteurs, il est peut-être utile de préciser que les projecteurs ne sont pas seulement au dessus de la tête mais également dans le visage, ce qui provoque le phénomène du mur noir. C'est-à-dire que l'artiste ne voit pas le public. Tout au plus pourrait-il distinger des silhouettes au premier rang. Parfois source de stress, la situation peut évidemment devenir très rapidement confortable puisque, même devant un public nombreux, il est possible de ne pas se sentir observé, d'éviter les regards et donc de dérouler son morceau juste pour soi, comme dans la salle de répétitions, le miroir en moins. A la fin de la représentation, le public part de son côté, l'artiste du sien et au final, il ne se sont jamais rencontrés...

- Personnellement, je trouve cela salutaire parfois de descendre de la scène et de passer le mur noir. D'une part pour se confronter effectivement au regard du public, d'autre part pour amener son art à des personnes qui ne viennent pas à la scène.
C'est la raison pour laquelle j'aime danser dans la rue. C'est toujours un risque, une question: les gens vont-ils se rassembler ? Vont-ils rester ? Il y a dans l'exposition totale, sans lumière et autres artifices, une vulnérabilité et une authenticité qui me fascinent. La distance avec le public est réduite et pour peu qu'il veuille bien sauter le pas, la communion est souvent plus intense que sur une scène de théâtre.

"Sur la place chauffée au soleil, une fille s'est mise à danser..."