Cet excellent hôtel est très ancien. Déjà à l'époque de Clovis on y mourait dans quelques lits. A présent on meurt dans cinq cent cinquante-neuf lits. En série bien entendu.Il est évident qu'en raison d'une production aussi intense, chaque mort individuelle n'est pas aussi bien exécutée, mais d'ailleurs cela importe peu. c'est le nombre qui compte. qui attache encore du prix à une mort bien exécutée ? Personne. Même les riches, qui pourraient cependant s'offrir ce luxe, ont cessé de s'en soucier ; le désir d'avoir sa mort à soi devient de plus en plus rare. Quelque temps encore, et il deviendra aussi rare qu'une vie personnelle. C'est que, mon Dieu, tout est là. On arrive, on trouve une existence toute prête, on n'a plus qu'à la revêtir. On veut repartir, ou bien l'on est forcé de s'en aller : surtout pas d'effort ! Voilà notre mort, monsieur. On meurt tant bien que mal, on meurt de la mort qui fait partie de la maladie dont on souffre.
R.M. Rilke, les Cahiers de Malte Laurids Brigge
mardi 16 novembre 2010
lundi 15 novembre 2010
Première fois...
Elle tourna ses yeux vers moi ; ils étaient passionnés, Je la prends amoureusement entre mes bras, je la porte sur mon lit, je la renverse, elle écarte les cuisses, mes yeux se jettent avec fureur sur une petite rose vermeille qui commence à s'épanouir. Un poil blond et placé par petits toupets commençait à ombrager une motte dont le pinceau le plus délicat rendrait fablement la blancheur vive et animée. Suzon, immobile, attendait avec attention des marques de ma passion plus sensibles et plus satisfaisantes ; je tâchais de les lui donner. je m'y prenais fort mal, trop bas, trop haut, je me consumais en efforts inutiles. Elle me le mit elle-même. Ah ! je sentis alors qu'il étais dans le véritable chemin. Une douleur que je ne pensais pas trouver sur une route que je croyais couverte de fleurs m'arrêta d'abord. Suzon en ressentit une pareille, mais nous ne nous rebutâmes pas. Suzon tâchait de rendre la route plus large, je faisais des effots plus violents qu'elle secondait. Déjà, j'avais fait la moitié de ma course Suzon roulait sur moi des yeux mourants, son visage était enflammé, elle ne respirait que par intervalles, elles me renvoyait une chaleur prodigieuse, je nageais dans un torrent de délices, mais j'en espérais encore de plus grandes ; je me hâtais de les goûter.
Ô ciel ! Des moments si doux devaient-ils être troublés par le plus grand des malheurs ? Je poussais avec ardeur : mon lit, ce malheureux lit, ce témoin de mes transports et de mon bonheur nous trahit : il n'était que de sangle : la cheville manqua, nous tombâmes avec un bruit affreux. Cette chute m'eût été favorable, puisqu'elle m'avait fait entrer jusqu'où je pouvais aller, quoiqu'avec une extrême douleur pour tous les deux. Suzon se faisait violence pour retenir ses cris : effrayée, elle tâchait de s'arracher de mes bras. J'étais furieux d'amour et de désespoir et je ne la serrais que plus étroitement. Mon opiniâtreté me coûta cher.
Toinette, avertie par le bruit, accourt, ouvre, entre et nous voit. Quel spectacle pour les yeux d'une mère ! La surprise la rendit immobile, et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus puissant que ses efforts, il semblait qu'elle ne pût avancer. [...]
Suzon était tombé en faiblesse - ses yeux tendres se fermaient. Je n'eus ni la force, ni le courage de me retirer. Je jetais alternativement mon regard sur Toinette et Suzon, sur l'une avec rage, sur l'autre avec douleur. Enhardi par l'immobilité où l'étonnement semblait retenir Toinette, je voulus en profiter, je poussais ! Suzon donna alors un signe de vie, elle jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra, donna un coup de cul : Suzon goûtait le souverain plaisir, elle déchargeait, ses ravissements me faisaient envie, j'allais les partager ! Toinette se lança sur moi au moment où je sentais les approches du plaisir, elle m'arracha des bras de ma chère Suzon. Ô dieux ! n'avais-je pas assez de force pour me venger ? Le désespoir me l'ôta sans doute puisque je restais imobiles dans les bras de cette marâtre jalouse.
Boyer d'Argens, Dom Bougre, 1741
Ô ciel ! Des moments si doux devaient-ils être troublés par le plus grand des malheurs ? Je poussais avec ardeur : mon lit, ce malheureux lit, ce témoin de mes transports et de mon bonheur nous trahit : il n'était que de sangle : la cheville manqua, nous tombâmes avec un bruit affreux. Cette chute m'eût été favorable, puisqu'elle m'avait fait entrer jusqu'où je pouvais aller, quoiqu'avec une extrême douleur pour tous les deux. Suzon se faisait violence pour retenir ses cris : effrayée, elle tâchait de s'arracher de mes bras. J'étais furieux d'amour et de désespoir et je ne la serrais que plus étroitement. Mon opiniâtreté me coûta cher.
Toinette, avertie par le bruit, accourt, ouvre, entre et nous voit. Quel spectacle pour les yeux d'une mère ! La surprise la rendit immobile, et comme si elle eût été retenue par quelque chose de plus puissant que ses efforts, il semblait qu'elle ne pût avancer. [...]
Suzon était tombé en faiblesse - ses yeux tendres se fermaient. Je n'eus ni la force, ni le courage de me retirer. Je jetais alternativement mon regard sur Toinette et Suzon, sur l'une avec rage, sur l'autre avec douleur. Enhardi par l'immobilité où l'étonnement semblait retenir Toinette, je voulus en profiter, je poussais ! Suzon donna alors un signe de vie, elle jeta un profond soupir, rouvrit les yeux, me serra, donna un coup de cul : Suzon goûtait le souverain plaisir, elle déchargeait, ses ravissements me faisaient envie, j'allais les partager ! Toinette se lança sur moi au moment où je sentais les approches du plaisir, elle m'arracha des bras de ma chère Suzon. Ô dieux ! n'avais-je pas assez de force pour me venger ? Le désespoir me l'ôta sans doute puisque je restais imobiles dans les bras de cette marâtre jalouse.
Boyer d'Argens, Dom Bougre, 1741
dimanche 7 novembre 2010
Thérèse philosophe
-- [...] mais dis-moi, est-il bien vrai que dans le genre des plaisirs que nous goûtons, nous ne péchions pas contre l'intêret de la société ? Et cet amant sage, dont tu approuves la prudence, qui retire l'oiseau de son nid et qui répand le baume de vie au-dehors, ne fait-il pas également un crime ? car il faut convenir que, les uns et les autres, nous supprimons à la société un citoyen qui pourrait lui devenir utile.
- Ce raisonnement, répliqua l'Abbé, paraît d'abord spécieux ; mais vous allez voir ma belle dame, qu'il n'a cependant que l'écorce. Nous n'avons acune loi humaine ni divine qui nous invite, et encore moins nous contraigne de travailler à la multiplication du genre humain. Toutes ces lois permettent le célibat aux garçons et aux filles, à une foule de moines fainéants et de religieuses inutiles ; elles permettent à l'homme marié d'habiter avec sa femme grosse, quoique les semences alors répandues le soient sans espérance de fruit. L'état de virginité est même réputé préférable à celui du mariage. Or, ces faits posés, n'est-il pas certain que l'homme qui triche, et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent en pure perte : ne sont-ils donc les uns et les autres precisément das un cas égal eu égard à la société ? Ils ne lui donnent tous aucun citoyen ; mais la saine raison ne nous dicte-t-elle pas qu'il vaut mieux encore que nous jouissions d'un plaisir qui ne fait de tort à personne, en répendant inutilement cette semence, que de la conserver dans nos vaisseaux spermatiques, non seulement avec la même inutilité, mais encore aux dépens de notre santé et souvent de notre vie ?
Boyer d'Argens, Thérèse Philosophe
- Ce raisonnement, répliqua l'Abbé, paraît d'abord spécieux ; mais vous allez voir ma belle dame, qu'il n'a cependant que l'écorce. Nous n'avons acune loi humaine ni divine qui nous invite, et encore moins nous contraigne de travailler à la multiplication du genre humain. Toutes ces lois permettent le célibat aux garçons et aux filles, à une foule de moines fainéants et de religieuses inutiles ; elles permettent à l'homme marié d'habiter avec sa femme grosse, quoique les semences alors répandues le soient sans espérance de fruit. L'état de virginité est même réputé préférable à celui du mariage. Or, ces faits posés, n'est-il pas certain que l'homme qui triche, et ceux qui, comme nous, jouissent des plaisirs de la petite oie, ne font rien de plus que ces moines, que ces religieuses, que tout ce qui vit dans le célibat ? Ceux-ci conservent dans leurs reins, en pure perte, une semence que les premiers répandent en pure perte : ne sont-ils donc les uns et les autres precisément das un cas égal eu égard à la société ? Ils ne lui donnent tous aucun citoyen ; mais la saine raison ne nous dicte-t-elle pas qu'il vaut mieux encore que nous jouissions d'un plaisir qui ne fait de tort à personne, en répendant inutilement cette semence, que de la conserver dans nos vaisseaux spermatiques, non seulement avec la même inutilité, mais encore aux dépens de notre santé et souvent de notre vie ?
Boyer d'Argens, Thérèse Philosophe
samedi 6 novembre 2010
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