
"Dunno... Sort of feels good... Once it gets going, I forget everything. And, I sort of disappear, like I feel a change in me own body, there's like fire in me body... I'm just there... Flying...Like a bird... " (Billy Elliott)
Une des réponses les plus célèbres à une question qui m'est parfois posée. Pas aussi souvent que l'on croit. On préfère savoir si je gagne ma vie avec la danse. Peu s'intéressent finalement au sentiment artistique. Je ne crois pas qu'il s'agisse de pudeur, la plupart des gens en manque de nos jours. Toujours dans la lignée de l'utilitaire, les gens se fichent de savoir au fond pourquoi on danse et ce qu'on ressent.
Moi-même je ne me suis pas interrogée pendant longtemps. La sensation est tellement naturelle et évidente qu'il n'y a d'ailleurs pas matière à s'interroger.
Mais parfois, pour quelqu'un qui le demande, il faut mettre des mots sur ce que l'on ressent.
Billy Elliott se sent there, flying.
Ce nest pas mon cas.
Je ne me retrouve pas dans ces métaphores.
Je lui préfère celle du Chaos. Dans le sens originel grec de "trou béant", "abîme". Celui où tout commence et tout finit. Ce qui est "grand ouvert".
Dans ce trou il y a à la fois tout et rien. Tout y est possible.
Le public s'approche de moi, de l'abîme, attiré par sa profondeur, par le néant et le tout, pour y risquer un coup d'oeil ou pour s' agenouiller au bord pendant un instant.
Ce n'est pas moi qui décide. Ce sont les gens qui viennent, aussi près et aussi longtemps qu'ils le souhaitent.
Je ne suis pas moi, "pleinement moi" comme me l'ont dit d'autres danseuses. je ne suis rien, je suis le Chaos, la chamane qui ouvre les portes de l'autre monde, celui de l'intérieur et de l'indiscible et qui tend le miroir dans lequel le public devra se regarder, quoi qu'il lui en coûte parfois.


