mercredi 28 avril 2010

What does it feel like, when you're dancing?


"Dunno... Sort of feels good... Once it gets going, I forget everything. And, I sort of disappear, like I feel a change in me own body, there's like fire in me body... I'm just there... Flying...Like a bird... " (Billy Elliott)

Une des réponses les plus célèbres à une question qui m'est parfois posée. Pas aussi souvent que l'on croit. On préfère savoir si je gagne ma vie avec la danse. Peu s'intéressent finalement au sentiment artistique. Je ne crois pas qu'il s'agisse de pudeur, la plupart des gens en manque de nos jours. Toujours dans la lignée de l'utilitaire, les gens se fichent de savoir au fond pourquoi on danse et ce qu'on ressent.

Moi-même je ne me suis pas interrogée pendant longtemps. La sensation est tellement naturelle et évidente qu'il n'y a d'ailleurs pas matière à s'interroger.

Mais parfois, pour quelqu'un qui le demande, il faut mettre des mots sur ce que l'on ressent.
Billy Elliott se sent there, flying.
Ce nest pas mon cas.
Je ne me retrouve pas dans ces métaphores.

Je lui préfère celle du Chaos. Dans le sens originel grec de "trou béant", "abîme". Celui où tout commence et tout finit. Ce qui est "grand ouvert".
Dans ce trou il y a à la fois tout et rien. Tout y est possible.
Le public s'approche de moi, de l'abîme, attiré par sa profondeur, par le néant et le tout, pour y risquer un coup d'oeil ou pour s' agenouiller au bord pendant un instant.

Ce n'est pas moi qui décide. Ce sont les gens qui viennent, aussi près et aussi longtemps qu'ils le souhaitent.

Je ne suis pas moi, "pleinement moi" comme me l'ont dit d'autres danseuses. je ne suis rien, je suis le Chaos, la chamane qui ouvre les portes de l'autre monde, celui de l'intérieur et de l'indiscible et qui tend le miroir dans lequel le public devra se regarder, quoi qu'il lui en coûte parfois.

Mon appartement -28.04.2010

C'est un lieu commun que de dire qu'un appartement ressemble à celui qui l'habite. Alors plutôt que d'essayer de dire comment je vais (tâche qui serait bien fastidieuse), je préfère décrire l'état de mon appartement.

28.04.2010, veille du spectacle annuel

Suis rentrée il y a à peine une semaine de voyage à l'étranger. La valise encore posée au mileu du salon semble avoir explosé. Je continue à y prendre des vêtements propres que j'ai ramenés. Je n'ai encore rien rangé. Il me faut enjamber la grosse valise chaque fois que je traverse mon petit salon pour m'asseoir comme maintenant devant l'ordinateur. Devant moi des tas de papiers qu'on ne peut plus dire empilés: calendrier, factures d'impression des flyers du spectacle, CDs, bijoux retirés à la va-vite un soir, verres et tasses vides, aspirine et calculette. Répartis dans tout le salon, sur la canapé, sur les chaises, sur toutes les surfaces disponibles: des costumes, jupes de toutes les couleurs, mon manteau, des soutien-gorges côtoient des piles de livres hétéroclites que j'ai ramenés de France (Alice au Pays des Merveilles, Vers la féminisation, Mainstream et bien d'autres). Le tout saupoudré de plumes noires duveteuses, soeurs de celles cousues hier sur un costume. Par terre, encore des CDs, encore des livres, encore des bijoux retirés rapidement et laissés pour compte sur des tapis que je n'ai pas aspirés depuis mon départ pour l'étranger il y a presque un moi.

Cuisine: un écosystème va se développer dans l'évier, il ne manque que les verres ui sont restés dans le salon pour que la vaisselle soit complète. Mon alimentation se limite pour le moment au pain, d'où les miettes qui jonchent chaque coin de la table, et aux pâtes. Sur les chaises: des costumes, des sacs, comme dans la

Chambre: en plus des costumes, les vêtements retirés hâtivement le soir traînent par terre et semblent aussi épuisés que celle qui les a porté. La couette du lit n'est même plus rabattue à sa place et dans des caisses, j'avais avant mon départ placé des vêtements dont je ne sais plus s'ils sont sales (à laver) ou propres (à repasser). Avec la couche de poussière qui a recouvert l'ensemble des éléments, la décision sera vite prise de toute façon, au moment où il faudra la prendre.

Il n'y a que ma salle de bains qui échappe au chaos ambiant apparemment, si on exclut le sol pas lavé et la poubelle non vidée.

Demain dernier jour de chaos, vendredi matin ce sera le grand ménage de printemps...

lundi 26 avril 2010

Cantique des Cantiques


Le Cantique des Cantiques reste mon poème d'amour préféré, celui qui me touche le plus et celui qui correspond à ma propre conception.

Un amour sensuel, tourné autant vers soi que vers l'autre qui est l'Amant ou le Frère, mais pas le mari.

Le plaisir charnel et la volupté sont indissociables des sentiments d'amour éprouvés. Bref un poème où on "fait l'amour", loin de ce que nous livrent les magazines féminins d'aujourd'hui...

Chapitre 1
  1. ’’Cantique des cantiques, de Salomon.’’

  2. Qu’il me baise des baisers de sa bouche !
    Car ton amour vaut mieux que le vin,
  3. tes parfums ont une odeur suave ;
    ton nom est un parfum qui se répand ;
    c’est pourquoi les jeunes filles t’aiment.

  4. Entraîne-moi après toi !
    Nous courrons !
    Le roi m’introduit dans ses appartements...
    Nous nous égaierons, nous nous réjouirons à cause de toi ;
    nous célébrerons ton amour plus que le vin.
    C’est avec raison que l’on t’aime.

  5. Je suis noire, mais je suis belle, filles de Jérusalem,
    comme les tentes de Kédar, comme les pavillons de Salomon.
  6. Ne prenez pas garde à mon teint noir :
    C’est le soleil qui m’a brûlée.
    Les fils de ma mère se sont irrités contre moi,
    ils m’ont faite gardienne des vignes.
    Ma vigne, à moi, je ne l’ai pas gardée.

  7. Dis-moi, ô toi que mon cœur aime,
    où tu fais paître tes brebis,
    où tu les fais reposer à midi ;
    car pourquoi serais-je comme une égarée
    près des troupeaux de tes compagnons ?

  8. Si tu ne le sais pas, ô la plus belle des femmes,
    sors sur les traces des brebis,
    et fais paître tes chevreaux
    près des demeures des bergers.

  9. À ma jument qu’on attelle aux chars de Pharaon
    je te compare, ô mon amie.
  10. Tes joues sont belles au milieu des colliers,
    ton cou est beau au milieu des rangées de perles.
  11. Nous te ferons des colliers d’or,
    avec des points d’argent.

  12. - Tandis que le roi est dans son entourage,
    mon nard exhale son parfum.
  13. Mon bien-aimé est pour moi un bouquet de myrrhe,
    qui repose entre mes seins.
  14. Mon bien-aimé est pour moi une grappe de troëne
    des vignes d’En-Guédi.

  15. - Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
    Tes yeux sont des colombes.

  16. - Que tu es beau, mon bien-aimé, que tu es aimable !
    Notre lit, c’est la verdure.

  17. - Les solives de nos maisons sont des cèdres,
    nos lambris sont des cyprès.
Chapitre 2

  1. - Je suis un narcisse de Saron,
    un lis des vallées.
  2. - Comme un lis au milieu des épines,
    telle est mon amie parmi les jeunes filles.

  3. - Comme un pommier au milieu des arbres de la forêt,
    tel est mon bien-aimé parmi les jeunes hommes.
    J’ai désiré m’asseoir à son ombre,
    et son fruit est doux à mon palais.
  4. Il m’a fait entrer dans la maison du vin ;
    et la bannière qu’il déploie sur moi, c’est l’amour.
  5. Soutenez-moi avec des gâteaux de raisins,
    fortifiez-moi avec des pommes ;
    car je suis malade d’amour.

  6. Que sa main gauche soit sous ma tête,
    et que sa droite m’embrasse !

  7. - Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    par les gazelles et les biches des champs,
    ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
    avant qu’elle le veuille.

  8. C’est la voix de mon bien-aimé !
    Le voici, il vient,
    sautant sur les montagnes,
    bondissant sur les collines.
  9. Mon bien-aimé est semblable à la gazelle
    ou au faon des biches.

    Le voici, il est derrière notre mur,
    il regarde par la fenêtre,
    il regarde par le treillis.

  10. Mon bien-aimé parle et me dit :
    Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !
  11. Car voici, l’hiver est passé ;
    la pluie a cessé, elle s’en est allée.
  12. Les fleurs paraissent sur la terre,
    le temps de chanter est arrivé,
    et la voix de la tourterelle se fait entendre dans nos campagnes.
  13. Le figuier embaume ses fruits,
    et les vignes en fleur exhalent leur parfum.
    Lève-toi, mon amie, ma belle, et viens !

  14. Ma colombe, qui te tiens dans les fentes du rocher,
    qui te caches dans les parois escarpées,
    fais-moi voir ta figure,
    fais-moi entendre ta voix ;
    car ta voix est douce, et ta figure est agréable.

  15. Prenez-nous les renards,
    les petits renards qui ravagent les vignes ;
    car nos vignes sont en fleur.

  16. Mon bien-aimé est à moi, et je suis à lui ;
    il fait paître son troupeau parmi les lis.

  17. Avant que le jour se rafraîchisse,
    et que les ombres fuient,
    reviens !... sois semblable, mon bien-aimé,
    à la gazelle ou au faon des biches,
    sur les montagnes qui nous séparent.
Chapitre 3

  1. Sur ma couche, pendant les nuits,
    j’ai cherché celui que mon cœur aime ;
    je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé...
  2. Je me lèverai, et je ferai le tour de la ville,
    dans les rues et sur les places ;
    je chercherai celui que mon cœur aime...
    Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé.

  3. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée :
    Avez-vous vu celui que mon cœur aime ?

  4. À peine les avais-je passés,
    que j’ai trouvé celui que mon cœur aime ;
    je l’ai saisi, et je ne l’ai point lâché
    jusqu’à ce que je l’aie amené dans la maison de ma mère,
    dans la chambre de celle qui m’a conçue.

  5. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    par les gazelles et les biches des champs,
    ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
    avant qu’elle le veuille.

  6. Qui est celle qui monte du désert,
    comme des colonnes de fumée,
    au milieu des vapeurs de myrrhe et d’encens
    et de tous les aromates des marchands ?

  7. Voici la litière de Salomon,
    et autour d’elle soixante vaillants hommes,
    des plus vaillants d’Israël.
  8. Tous sont armés de l’épée,
    sont exercés au combat ;
    chacun porte l’épée sur sa hanche,
    en vue des alarmes nocturnes.

  9. Le roi Salomon s’est fait une litière
    de bois du Liban.
  10. Il en a fait les colonnes d’argent,
    le dossier d’or,
    le siège de pourpre ;
    au milieu est une broderie, œuvre d’amour
    des filles de Jérusalem.

  11. Sortez, filles de Sion, regardez
    le roi Salomon,
    avec la couronne dont sa mère l’a couronné
    le jour de ses fiançailles,
    le jour de la joie de son cœur.
Chapitre 4

  1. Que tu es belle, mon amie, que tu es belle !
    Tes yeux sont des colombes,
    derrière ton voile.
    Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
    suspendues aux flancs de la montagne de Galaad.
  2. Tes dents sont comme un troupeau de brebis tondues,
    qui remontent de l’abreuvoir ;
    toutes portent des jumeaux,
    aucune d’elles n’est stérile.
  3. Tes lèvres sont comme un fil cramoisi,
    et ta bouche est charmante ;
    ta joue est comme une moitié de grenade,
    derrière ton voile.
  4. Ton cou est comme la tour de David,
    bâtie pour être un arsenal ;
    mille boucliers y sont suspendus,
    tous les boucliers des héros.
  5. Tes deux seins sont comme deux faons,
    comme les jumeaux d’une gazelle,
    qui paissent au milieu des lis.

  6. Avant que le jour se rafraîchisse,
    et que les ombres fuient,
    j’irai à la montagne de la myrrhe
    et à la colline de l’encens.

  7. Tu es toute belle, mon amie,
    et il n’y a point en toi de défaut.

  8. Viens avec moi du Liban, ma fiancée,
    viens avec moi du Liban !
    Regarde du sommet de l’Amana,
    du sommet du Senir et de l’Hermon,
    des tanières des lions,
    des montagnes des léopards.

  9. Tu me ravis le cœur, ma sœur, ma fiancée,
    tu me ravis le cœur par l’un de tes regards,
    par l’un des colliers de ton cou.
  10. Que de charmes dans ton amour, ma sœur, ma fiancée !
    Comme ton amour vaut mieux que le vin,
    et combien tes parfums sont plus suaves que tous les aromates !
  11. Tes lèvres distillent le miel, ma fiancée ;
    il y a sous ta langue du miel et du lait,
    et l’odeur de tes vêtements est comme l’odeur du Liban.

  12. Tu es un jardin fermé, ma sœur, ma fiancée,
    une source fermée, une fontaine scellée.
  13. Tes jets forment un jardin, où sont des grenadiers,
    avec les fruits les plus excellents,
    les troënes avec le nard ;
  14. Le nard et le safran, le roseau aromatique et le cinnamome,
    avec tous les arbres qui donnent l’encens ;
    la myrrhe et l’aloès,
    avec tous les principaux aromates ;
  15. Une fontaine des jardins,
    une source d’eaux vives,
    des ruisseaux du Liban.

  16. Lève-toi, aquilon ! viens, autan !
    Soufflez sur mon jardin, et que les parfums s’en exhalent !
    Que mon bien-aimé entre dans son jardin,
    et qu’il mange de ses fruits excellents !
Chapitre 5

  1. J’entre dans mon jardin, ma sœur, ma fiancée ;
    je cueille ma myrrhe avec mes aromates,
    je mange mon rayon de miel avec mon miel,
    je bois mon vin avec mon lait...

    Mangez, amis, buvez, enivrez-vous d’amour !

  2. J’étais endormie, mais mon cœur veillait...
    C’est la voix de mon bien-aimé, qui frappe :
    Ouvre-moi, ma sœur, mon amie,
    ma colombe, ma parfaite !
    Car ma tête est couverte de rosée,
    mes boucles sont pleines des gouttes de la nuit.

  3. - J’ai ôté ma tunique ; comment la remettrais-je ?
    J’ai lavé mes pieds ; comment les salirais-je ?
  4. Mon bien-aimé a passé la main par la fenêtre,
    et mes entrailles se sont émues pour lui.
  5. Je me suis levée pour ouvrir à mon bien-aimé ;
    et de mes mains a dégoutté la myrrhe,
    de mes doigts, la myrrhe répandue
    sur la poignée du verrou.

  6. J’ai ouvert à mon bien-aimé ;
    mais mon bien-aimé s’en était allé, il avait disparu.
    J’étais hors de moi, quand il me parlait.
    Je l’ai cherché, et je ne l’ai point trouvé ;
    je l’ai appelé, et il ne m’a point répondu.
  7. Les gardes qui font la ronde dans la ville m’ont rencontrée ;
    ils m’ont frappée, ils m’ont blessée ;
    ils m’ont enlevé mon voile, les gardes des murs.

  8. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    si vous trouvez mon bien-aimé,
    que lui direz-vous ?...
    Que je suis malade d’amour.

  9. Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
    ô la plus belle des femmes ?
    Qu’a ton bien-aimé de plus qu’un autre,
    pour que tu nous conjures ainsi ?

  10. Mon bien-aimé est blanc et vermeil ;
    il se distingue entre dix mille.
  11. Sa tête est de l’or pur ;
    ses boucles sont flottantes,
    noires comme le corbeau.
  12. Ses yeux sont comme des colombes au bord des ruisseaux,
    se baignant dans le lait,
    reposant au sein de l’abondance.
  13. Ses joues sont comme un parterre d’aromates,
    une couche de plantes odorantes ;
    ses lèvres sont des lis,
    d’où découle la myrrhe.
  14. Ses mains sont des anneaux d’or,
    garnis de chrysolithes ;
    son corps est de l’ivoire poli,
    couvert de saphirs ;
  15. Ses jambes sont des colonnes de marbre blanc,
    posées sur des bases d’or pur.
    Son aspect est comme le Liban,
    distingué comme les cèdres.
  16. Son palais n’est que douceur,
    et toute sa personne est pleine de charme.
    Tel est mon bien-aimé, tel est mon ami,
    filles de Jérusalem !

Chapitre 6

  1. Où est allé ton bien-aimé,
    ô la plus belle des femmes ?
    De quel côté ton bien-aimé s’est-il dirigé ?
    Nous le chercherons avec toi.

  2. Mon bien-aimé est descendu à son jardin,
    au parterre d’aromates,
    pour faire paître son troupeau dans les jardins,
    et pour cueillir des lis.
  3. Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi ;
    il fait paître son troupeau parmi les lis.

  4. Tu es belle, mon amie, comme Thirtsa,
    agréable comme Jérusalem,
    mais terrible comme des troupes sous leurs bannières.
  5. Détourne de moi tes yeux, car ils me troublent.
    Tes cheveux sont comme un troupeau de chèvres,
    suspendues aux flancs de Galaad.
  6. Tes dents sont comme un troupeau de brebis,
    qui remontent de l’abreuvoir ;
    toutes portent des jumeaux,
    aucune d’elles n’est stérile.
  7. Ta joue est comme une moitié de grenade,
    derrière ton voile...

  8. Il y a soixante reines, quatre-vingts concubines,
    et des jeunes filles sans nombre.
  9. Une seule est ma colombe, ma parfaite ;
    elle est l’unique de sa mère,
    la préférée de celle qui lui donna le jour.
    Les jeunes filles la voient, et la disent heureuse ;
    les reines et les concubines aussi, et elles la louent.
  10. Qui est celle qui apparaît comme l’aurore,
    belle comme la lune, pure comme le soleil,
    mais terrible comme des troupes sous leurs bannières ?

  11. Je suis descendue au jardin des noyers,
    pour voir la verdure de la vallée,
    pour voir si la vigne pousse,
    si les grenadiers fleurissent.
  12. Je ne sais, mais mon désir m’a rendue semblable
    aux chars de mon noble peuple.

Chapitre 7

  1. Reviens, reviens, Sulamithe !
    Reviens, reviens, afin que nous te regardions.
    Qu’avez-vous à regarder la Sulamithe
    comme une danse de deux chœurs ?

  2. Que tes pieds sont beaux dans ta chaussure, fille de prince !
    Les contours de ta hanche sont comme des colliers,
    œuvre des mains d’un artiste.
  3. Ton sein est une coupe arrondie,
    Où le vin parfumé ne manque pas ;
    ton corps est un tas de froment,
    entouré de lis.
  4. Tes deux seins sont comme deux faons,
    comme les jumeaux d’une gazelle.
  5. Ton cou est comme une tour d’ivoire ;
    tes yeux sont comme les étangs de Hesbon,
    près de la porte de Bath-Rabbim ;
    ton nez est comme la tour du Liban,
    qui regarde du côté de Damas.
  6. Ta tête est élevée comme le Carmel,
    et les cheveux de ta tête sont comme la pourpre ;
    un roi est enchaîné par des boucles !...

  7. Que tu es belle, que tu es agréable,
    ô mon amour, au milieu des délices !
  8. Ta taille ressemble au palmier,
    et tes seins à des grappes.
  9. Je me dis : Je monterai sur le palmier,
    j’en saisirai les rameaux !
    Que tes seins soient comme les grappes de la vigne,
    le parfum de ton souffle comme celui des pommes,
  10. et ta bouche comme un vin excellent,...

    Qui coule aisément pour mon bien-aimé,
    et glisse sur les lèvres de ceux qui s’endorment !
  11. Je suis à mon bien-aimé,
    et ses désirs se portent vers moi.

  12. Viens, mon bien-aimé, sortons dans les champs,
    demeurons dans les villages !
  13. Dès le matin nous irons aux vignes,
    nous verrons si la vigne pousse, si la fleur s’ouvre,
    si les grenadiers fleurissent.
    Là je te donnerai mon amour.
  14. Les mandragores répandent leur parfum,
    et nous avons à nos portes tous les meilleurs fruits,
    nouveaux et anciens :
    Mon bien-aimé, je les ai gardés pour toi.

Chapitre 8

Oh ! que n’es-tu mon frère,
  1. allaité des mamelles de ma mère !
    Je te rencontrerais dehors, je t’embrasserais,
    et l’on ne me mépriserait pas.
  2. Je veux te conduire, t’amener à la maison de ma mère ;
    tu me donneras tes instructions,
    et je te ferai boire du vin parfumé,
    du moût de mes grenades.

  3. Que sa main gauche soit sous ma tête,
    et que sa droite m’embrasse !

  4. Je vous en conjure, filles de Jérusalem,
    ne réveillez pas, ne réveillez pas l’amour,
    avant qu’elle le veuille.

  5. Qui est celle qui monte du désert,
    appuyée sur son bien-aimé ?

    Je t’ai réveillée sous le pommier ;
    là ta mère t’a enfantée,
    c’est là qu’elle t’a enfantée, qu’elle t’a donné le jour.

  6. Mets-moi comme un sceau sur ton cœur,
    comme un sceau sur ton bras ;
    car l’amour est fort comme la mort,
    la jalousie est inflexible comme le séjour des morts ;
    ses ardeurs sont des ardeurs de feu,
    une flamme de l’Éternel.
  7. Les grandes eaux ne peuvent éteindre l’amour,
    et les fleuves ne le submergeraient pas ;
    quand un homme offrirait tous les biens de sa maison contre l’amour,
    il ne s’attirerait que le mépris.

  8. Nous avons une petite sœur, qui n’a point encore de mamelles ; que ferons-nous de notre sœur, le jour où on la recherchera ?
  9. - Si elle est un mur, nous bâtirons sur elle des créneaux d’argent ; si elle est une porte, nous la fermerons avec une planche de cèdre.
  10. - Je suis un mur, et mes seins sont comme des tours ; j’ai été à ses yeux comme celle qui trouve la paix.

  11. Salomon avait une vigne à Baal-Hamon ; il remit la vigne à des gardiens ; chacun apportait pour son fruit mille sicles d’argent.
  12. Ma vigne, qui est à moi, je la garde. À toi, Salomon, les mille sicles, et deux cents à ceux qui gardent le fruit !

  13. Habitante des jardins ! Des amis prêtent l’oreille à ta voix. Daigne me la faire entendre
  1. Fuis, mon bien-aimé !
    Sois semblable à la gazelle
    ou au faon des biches,
    sur les montagnes des aromates !





Illustration: Cantique des Cantiques de Marc Chagall (1960)

dimanche 25 avril 2010

Lovecraft


Almost nobody dances sober, unless they happen to be insane. (H.P. Lovecraft)
Men of broader intellect know that there is no sharp distinction betwixt the real and the unreal... (H.P. Lovecraft)

vendredi 23 avril 2010

Où danser ?

Beaucoup de mes consoeurs, surtout celles qui pratiquent la danse classique ou contemporaine, ne connaissent que la scène du théâtre pour s'exprimer, la Scène avec un grand S, celle des lumières, des loges, des coulisses, du public assis et généralement bienveillant.

Longtemps je leur ai envié cette scène. Moi qui n'avait que les fêtes d'anniversaire privées avec leur équipement inadapté, je déchiquetais mes pieds sur des terrasses en bétons tandis que mes conseurs du classique s'envolaient sur les planches. Je devais me changer dans les toilettes pendant qu'elles avaient des loges. Ou alors je me produisais dans des bars à chichas où, bien qu'il y eût quelques beaux moments (je ne le nie pas), le public ne manifestait pas plus d'intêret pour mes morceaux que pour les décors kitschs égyptiens qui recouvraient les murs.

Puis est venue la Scène, de plus en plus belle. Et avec elle la possibilité d'exprimer plus, d'exprimer mieux.
Je ne voudrais plus l'abandonner aujourd'hui mais mon enthousiasme d'avant se teinte de questions.

- Depuis que je participe à des festivals de danse contemporaine, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la scéne, j'ai dû admettre que le public était différent de ce que j'imaginais. Ce ne sont pas toujours les gens amoureux d'art que j'imaginais, qui paient pour voir quelque chose de spécial, culturel, artistique etc. ce sont souvent des gens qui se croient meilleurs et plus intellectuels que les autres car ils vont voir de la danse, danse de surcroît intellectualisée par les artistes... Et tout ce petit monde d'interpréter les morceaux à la fin du spectacle tout en se félicitant de leur esprit undergroud et d'avant-garde...
Tableau similaire au théâtre où les gens sont plutôt là pour se montrer en grand amoureux de la culture classique. Ils sont aussi alertes à l'entracte avec leur verre de champagne qu'endormis dès l'ouverture de l'acte 2 du Lac des Cygnes.

-J'ai également remarqué que certains artistes profitaient de la scène pour se cacher. Cela peut sembler paradoxal mais c'est vraiment le cas. Pour ceux qui ne se sont jamais retrouvé sous les projecteurs, il est peut-être utile de préciser que les projecteurs ne sont pas seulement au dessus de la tête mais également dans le visage, ce qui provoque le phénomène du mur noir. C'est-à-dire que l'artiste ne voit pas le public. Tout au plus pourrait-il distinger des silhouettes au premier rang. Parfois source de stress, la situation peut évidemment devenir très rapidement confortable puisque, même devant un public nombreux, il est possible de ne pas se sentir observé, d'éviter les regards et donc de dérouler son morceau juste pour soi, comme dans la salle de répétitions, le miroir en moins. A la fin de la représentation, le public part de son côté, l'artiste du sien et au final, il ne se sont jamais rencontrés...

- Personnellement, je trouve cela salutaire parfois de descendre de la scène et de passer le mur noir. D'une part pour se confronter effectivement au regard du public, d'autre part pour amener son art à des personnes qui ne viennent pas à la scène.
C'est la raison pour laquelle j'aime danser dans la rue. C'est toujours un risque, une question: les gens vont-ils se rassembler ? Vont-ils rester ? Il y a dans l'exposition totale, sans lumière et autres artifices, une vulnérabilité et une authenticité qui me fascinent. La distance avec le public est réduite et pour peu qu'il veuille bien sauter le pas, la communion est souvent plus intense que sur une scène de théâtre.

"Sur la place chauffée au soleil, une fille s'est mise à danser..."

jeudi 22 avril 2010

L'art e(s)t le Mal (1)



Il y a tellement à dire sur la nature transgressive de l'Art et de l'artiste que j'ai prudemment ajouté un (1) à côté du titre de ce billet car je serai sûrement amenée à en reparler de nombreuses fois, sous des angles différents...

Pour l'heure, je reviens sur la remarque de Georges Bataille à propos de Kafka qui, nous dit-il, s'est mis par son métier dans une position de culpabilité vis-à-vis de sa famile, qui aurait préféré à sa condition d'artiste un "vrai métier", un métier qui suive l'exemple donné par les autres.
Inconsciemment ou pas, c'est la position de tout ceux qui ont choisi une profession artistique, comme moi. Que ce soit par conviction ou pour rompre avec le Bien (les traditions de la famille etc.), l'Art comme métier reste trangressif, voire non reconnu. On m'a souvent demandé (avec condescendance, moquerie, ou même snobisme) quel était mon "vrai" métier, puisque celui de danseuse n'en est évidemment pas un.

L'Artiste ne trouvera grâce (une grâce toute relative) aux yeux de l'autre que lorsqu'il "vivra" de son art. Tant qu'un écrivain ne sera pas publié, un peintre exposé ou une danseuse produite, la voie que nous avons choisie (ou pas d'ailleurs! mais c'est un autre sujet) ne sera que "hobby", tout au plus "passion" mais en tout cas pas un métier.

Si Métier et Art semblent aussi antinomiques, c'est beaucoup pour des questions d'argent.
La condition d'artiste est liée à une image proche de l'ascétisme et le fait de gagner de l'argent par son art se rapprocherait alors d'une compromission loin de l'idéal sacré.
Le métier en revanche est normal, donc bien et surtout utilitaire et donc loin des considérations artistiques qui, on le sait, sont sensées être à mille lieues du Réel et du Vrai Monde.

Je tâcherai de revenir sur ce sujet bientôt.

mercredi 14 avril 2010

Ninderli - come to sleep near me my darling

Il y a des chansons que l'on comprend sans en connaître les paroles, peut-être parce que la simple vibration de la voix et les échos des instruments, bien plus que le texte, transmettent des émotions si fortes et si communes qu'ils touchent l'âme au-delà de la culture.

Ninderli - chanson d'amour traditionnelle des nomades Langa du Rajasthan. Entendue virtuellement, puis réellement...

http://www.youtube.com/watch?v=JECSfeeK2VE

lundi 12 avril 2010

Sur la place (J. Brel)

Sur la place chauffée au soleil
Une fille s'est mise à danser
Elle tourne toujours, pareille
Aux danseuses d'antiquités,
Sur la ville il fait trop chaud
Hommes et femmes sont assoupis
Et regardent par le carreau
Cette fille qui danse à midi

Ainsi certains jours, paraît
Une flamme à nos yeux
A l'église où j'allais
On l'appelait le bon Dieu
L'amoureux l'appelle l'amour
Le mendiant la charité
Le soleil l'appelle le jour
Et le brave homme la bonté

Sur la place vibrante d'air chaud
Où pas même ne paraît un chien
Ondulante comme un roseau
La fille bondit, s'en va, s'en vient
Ni guitare ni tambourin
Pour accompagner sa danse
Elle frappe dans ses mains
Pour se donner la cadence

Ainsi certains jours, paraît
Une flamme à nos yeux
A l'église où j'allais
On l'appelait le bon Dieu
L'amoureux l'appelle l'amour
Le mendiant la charité
Le soleil l'appelle le jour
Et le brave homme la bonté

Sur la place où tout est tranquille
Une fille s'est mise à chanter
Et son chant plane sur la ville
Hymne d'amour et de bonté
Mais sur la ville il fait trop chaud
Et, pour ne point entendre son chant,
Les hommes ferment les carreaux
Comme une porte entre morts et vivants

Ainsi certains jours, paraît
Une flamme en nos cœurs
Mais nous ne voulons jamais
Laisser luire sa lueur
Nous nous bouchons les oreilles
Et nous nous voilons les yeux
Nous n'aimons point les réveils
De notre cœur déjà vieux

Sur la place, un chien hurle encore
Car la fille s'en est allée
Et comme le chien hurlant la mort
Pleurent les hommes leur destinée

http://www.youtube.com/watch?v=2Qrgqt03hgg

Zum Meer

Zum Meer (Vers la mer) - Herbert Grönemeyer

Wer hat dich geplant, gewollt?
Qui t'a planifié, voulu?
Dich bestellt und abgeholt?
Qui t'a voulu et emmené ?
Wer hat sein Herz an dich verlor'n?
Qui t'a donné tout son coeur ?
Warum bist du gebor'n?
Pourquoi es-tu né ?
Wer hat dich gebor'n?
Qui t'a donné la vie ?

Wer hat sich nach dir gesehn?
Qui t'a cherché ?
Wer hat dich an sich gelehnt?
Qui s'est appuyé sur toi ?
Dich wie du bist akzeptiert,
Qui t'a tellement accepté comme tu es
Dass du dein Heimweh verlierst?
Que tu en as perdu ton mal du pays ?
Dass du dein Heimweh verlierst?
Que tu en as perdu ton mal du pays ?

Dreh' dich um
Retourne-toi
Dreh' dich um
Retourne-toi
Dreh' dein Kreuz in den Sturm
Brandis ta croix dans la tempête
Wirst dich versöhnen, wirst gewähr'n
Tu te réconcilieras, t'exauceras
Selbst befreien für den Weg zum Meer
Te libéreras (de) toi-même pour le chemin vers la mer

Wer ersetzt dir dein Programm?
Qui remplace ton programme ?
Nur wer fallen auch fliegen kann
Seuls ceux qui savent tomber savent voler
Wer hilft dir, dass du Trauern lernst?
Qui t'aideras à porter le deuil ?
Du dich nicht von dir entfernst?
Pour que tu ne t'éloignes pas de toi-même ?
Du dich nicht von dir entfernst?
Pour que tu ne t'éloignes pas de toi-même ?

Dreh' dich um
Retourne-toi
Dreh' dich um
Retourne-toi
Vergiss deine Schuld, dein Vakuum
Oublie ta faute/dette, ton vide
Wende den Wind bis er dich bringt
Tourne le vent jusqu'à ce qu'il t'amène
Weit zum Meer
Loin, jusqu'à la mer
Du weißt, wohin
Tu sais où

Dreh' dich um
Retourne-toi
Dreh' dich um
Retourne-toi
Dreh' dein Kreuz in den Sturm
Brandis ta croix dans la tempête
Geh gelöst, versöhnt, bestärkt
Va libéré, réconcilié, renforcé
Selbstbefreit den Weg zum Meer
Libéré de/par toi même sur le chemin de la mer
Selbstbefreit den Weg zum Meer
Libéré de/par toi même sur le chemin de la mer


http://www.youtube.com/watch?v=ALrQIW1XGmI