vendredi 23 avril 2010

Où danser ?

Beaucoup de mes consoeurs, surtout celles qui pratiquent la danse classique ou contemporaine, ne connaissent que la scène du théâtre pour s'exprimer, la Scène avec un grand S, celle des lumières, des loges, des coulisses, du public assis et généralement bienveillant.

Longtemps je leur ai envié cette scène. Moi qui n'avait que les fêtes d'anniversaire privées avec leur équipement inadapté, je déchiquetais mes pieds sur des terrasses en bétons tandis que mes conseurs du classique s'envolaient sur les planches. Je devais me changer dans les toilettes pendant qu'elles avaient des loges. Ou alors je me produisais dans des bars à chichas où, bien qu'il y eût quelques beaux moments (je ne le nie pas), le public ne manifestait pas plus d'intêret pour mes morceaux que pour les décors kitschs égyptiens qui recouvraient les murs.

Puis est venue la Scène, de plus en plus belle. Et avec elle la possibilité d'exprimer plus, d'exprimer mieux.
Je ne voudrais plus l'abandonner aujourd'hui mais mon enthousiasme d'avant se teinte de questions.

- Depuis que je participe à des festivals de danse contemporaine, que ce soit d'un côté ou de l'autre de la scéne, j'ai dû admettre que le public était différent de ce que j'imaginais. Ce ne sont pas toujours les gens amoureux d'art que j'imaginais, qui paient pour voir quelque chose de spécial, culturel, artistique etc. ce sont souvent des gens qui se croient meilleurs et plus intellectuels que les autres car ils vont voir de la danse, danse de surcroît intellectualisée par les artistes... Et tout ce petit monde d'interpréter les morceaux à la fin du spectacle tout en se félicitant de leur esprit undergroud et d'avant-garde...
Tableau similaire au théâtre où les gens sont plutôt là pour se montrer en grand amoureux de la culture classique. Ils sont aussi alertes à l'entracte avec leur verre de champagne qu'endormis dès l'ouverture de l'acte 2 du Lac des Cygnes.

-J'ai également remarqué que certains artistes profitaient de la scène pour se cacher. Cela peut sembler paradoxal mais c'est vraiment le cas. Pour ceux qui ne se sont jamais retrouvé sous les projecteurs, il est peut-être utile de préciser que les projecteurs ne sont pas seulement au dessus de la tête mais également dans le visage, ce qui provoque le phénomène du mur noir. C'est-à-dire que l'artiste ne voit pas le public. Tout au plus pourrait-il distinger des silhouettes au premier rang. Parfois source de stress, la situation peut évidemment devenir très rapidement confortable puisque, même devant un public nombreux, il est possible de ne pas se sentir observé, d'éviter les regards et donc de dérouler son morceau juste pour soi, comme dans la salle de répétitions, le miroir en moins. A la fin de la représentation, le public part de son côté, l'artiste du sien et au final, il ne se sont jamais rencontrés...

- Personnellement, je trouve cela salutaire parfois de descendre de la scène et de passer le mur noir. D'une part pour se confronter effectivement au regard du public, d'autre part pour amener son art à des personnes qui ne viennent pas à la scène.
C'est la raison pour laquelle j'aime danser dans la rue. C'est toujours un risque, une question: les gens vont-ils se rassembler ? Vont-ils rester ? Il y a dans l'exposition totale, sans lumière et autres artifices, une vulnérabilité et une authenticité qui me fascinent. La distance avec le public est réduite et pour peu qu'il veuille bien sauter le pas, la communion est souvent plus intense que sur une scène de théâtre.

"Sur la place chauffée au soleil, une fille s'est mise à danser..."

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